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Grace de Monaco

 
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Pour sortir de la polémique qui entoure le nouveau film du réalisateur de La Môme, il vaut mieux oublier ce qu'on en a dit avant même qu'il ne soit montré. Grace of Monaco n'est pas ce que l'on appelle un biopic, car il ne retrace aucunement la vie de Grace Kelly, l'une des égéries du grand Alfred Hitchcock, mais s'attarde sur une courte période de son existence. Après une brève introduction mêlant fiction et archives, montrant l'arrivée de l'actrice sur le Rocher et son mariage avec le prince Rainier, le long métrage d'Olivier Dahan fait le portrait d'une femme tiraillée entre deux mondes: celui du conte de fée qu'elle a choisi et celui du succès qu'elle a abandonné. Et c'est là que le cinéaste rend honneur à son art en choisissant un parti pris de mise en scène et en donnant un sens profond à l'utilisation de sa caméra. Comme son sujet, cette dernière hésite à de nombreuses reprises. Parfois un plan commence sur la princesse, mais la laisse pour partir dans le ciel ou un autre décor, parfois un autre débute nulle part pour arriver sur Grace, comme si l'objectif la cherchait ou comme si l'ancienne actrice fuyait cette intruse. C'est brillant et c'est assez rare pour être mentionné à l'heure ou nombre de réalisateurs font trop souvent une dichotomie entre l'esthétisme de leur film et ce qu'il raconte. La caméra d'olivier Dahan est le prolongement de son sujet principal, le témoin privilégié de ce qu'il se passe dans l'esprit de Grace. Cette sublime matière de faire atteint son sommet dans la séquence de confession entre Grace et le responsable de l'Eglise à Monaco, où les gros plans sur elle passe de gauche à droite en la cadrant partiellement.

Nicole Kidman réalise une performance impressionnante en rendant parfaitement ce conflit qui habite Grace au début des années 60, quand la France est à deux doigts d'entrer en conflit avec le Duché de Monaco. On sent parfaitement dans son jeu que la star de La Main au collet doit choisir de reprendre un rôle pour désamorcer ce mal entendu, peut-être le plus important de sa carrière, de son existence. Kidman incarne une femme intègre, comme on le voit très bien dans une visite d'ordre humanitaire, où elle s'intéresse aux travaux d'un futur hôpital pour enfants, alors que les dames de la Croix Rouge qui lui tournent autour veulent juste savoir si elle leur fera l'honneur de sa présence lors de leur grand bal de charité. Elle est aussi déterminée quand il s'agit de s'approprier son rôle de princesse en apprenant le protocole de sa fonction comme une élève appliquée, afin de maintenir l'harmonie de son couple et de sa terre d'accueil. Dans le costume de Rainier, Tim Roth, quasiment méconnaissable, fait une nouvelle fois l'étalage de son immense talent de comédien. Les scènes entre eux sont d'une intensité palpable et dévoilent à la fois l'endroit et l'envers du décor d'un monde qui se doit de garder les apparences, malgré les malheurs qu'il peut subir.

Bien au-delà de la biographie lisse attendue, Olivier Dahan signe une oeuvre remarquable sur les aléas de la vie qui forcent parfois l'être humain à laisser de côté ses rêves égoïstes pour maintenir à flot la cohérence d'une nation et ainsi rendre honneur à l'histoire qui la amenée à son équilibre.

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