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Je suis Femen

 
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Alain Margot livre avec son long métrage Je suis Femen un travail exemplaire en donnant la parole aux membres du mouvement ukrainien Femen constitué de jeunes femmes légitimement en colère contre le patriarcat et les injustices. Né à l'origine pour sensibiliser le monde contre le tourisme sexuel de son pays et la traite de ses habitantes, le mouvement a pris de l'ampleur au fil des ans, surtout depuis que ses adeptes se sont mises à manifester en dénudant leur poitrine.

Margot nous fait suivre le quotidien de ces révolutionnaires protestataires en se centrant sur l'artiste du groupe, Oxana. C'est elle qui a eu l'idée des seins nus et c'est elle qui s'occupe de déguiser et de maquiller ses collègues à chacune de leurs actions. On découvre une fille parfaitement intègre qui se bat pour une cause universelle et non pour redorer son blason personnel. Margot le comprend très bien et laisse la parole à ces femmes en colère qui militent autant pour la cause animale en manifestant devant un zoo de Kiev, réputé pour son peu de respect envers ses pensionnaires, que pour celle des femmes en osant affronter le siège central du hockey sur glace à Zürich afin d'empêcher l'organisation des mondiaux dans leur pays, ou lors de l'Eurofoot en Ukraine en dénonçant l'important réseau étatique de prostitution instauré pour l'occasion, ou encore pour défendre trois des leurs qui ont été sauvagement agressées et violées.

Le film s'ouvre d'ailleurs sur une séquence qui relate ce triste événement, montrant parfaitement l'odieux de la réaction face à ces femmes qui n'ont jamais utilisé la violence pour revendiquer leurs actions. Le cinéaste suisse se fait discret et sa caméra capte un quotidien devenu de plus en plus dangereux, quand les services secrets ont commencé à s'immiscer dans tous leurs faits et gestes, allant jusqu'à dissimuler des armes chez elles afin de les accuser de terrorisme, poussant ainsi le mouvement à s'exiler pour des raisons évidentes de sécurité, Margot les montrent faisant face à leurs responsabilités qu'elles ne cherchent jamais à fuir en les filmant sortant de nombreux tribunaux où elles assistent à chacun de leurs nombreux procès.

Il nous fait aussi découvrir l'inquiétude que peuvent éprouver leurs proches en rencontrant la mère d'Oxana qui oscille entre la plus grande fierté pour sa fille et sa peur de la savoir en danger. Je suis Femen est une oeuvre brute qui donne à réfléchir sur le courage, valeur de plus en plus perdue dans nos sociétés occidentales qui ont tendance à rayer le mot solidarité de leur vocabulaire. Le film rend hommage à l'audace de s'élever contre les injustices des pouvoirs, que trop de gens acceptent avec la plus grande lâcheté du simple fait de leur existence, en détournant le regard des situations les plus condamnables ou en proférant des phrases comme: «C'est comme cela, qu'y peut-on?»

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