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Maps To The Stars

 
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Après s'être plongé dans les futilités matérialistes du capitalisme libéral dans le génial mais mésestimé Cosmopolis, David Cronenberg jette son dévolu sur l'avidité pour le succès et la gloire qui règnent à Hollywood, dans ce percutant Maps to the Stars, avec, pour point commun entre ses deux derniers films, son nouvel acteur fétiche: Robert Pattinson. Ce dernier tient le rôle d'un acteur aspirant et conducteur de limousine qui sert au spectateur à pénétrer dans un univers peu reluisant, voire glauque.

Une nouvelle fois, en cinéaste exigeant, ce qui est la marque des artistes cherchant à troubler leur auditoire, Cronenberg réalise une oeuvre difficile qu'il ne convient pas de consommer, mais qu'il faut intégrer et supporter, afin d'en assimiler toutes les richesses. Avec son scénariste Bruce Wagner, le réalisateur canadien compare la Mecque du cinéma mondial à l'Egypte antique des pharaons, faisant de ses personnages des demi-dieux n'aspirant qu'à la divinité et au culte de leur personnalité. On y croise une actrice vieillissante, Havana Segrand (Julianne Moore), qui exige par tous les moyens d'incarner sa propre mère, une ancienne icône d'Hollywood, dans un film qui selon elle devrait lui rapporter au minimum l'Oscar du meilleur second rôle féminin; son masseur, le Dr. Stafford Weiss (John Cusack), un escroc qui a fait fortune avec ses livres sur le développement personnel, faisant de lui un gourou star; le fils de ce dernier, Benjie (Evan Bird), un enfant vedette de treize ans à l'ego démesuré qui, entre deux cures de désintoxication, use d'un cynisme absolu; et sa soeur, Agatha (Mia Wasikowska), qui essaie de renouer les liens familiaux au sortir d'un long séjour dans une institution pour y soigner sa pyromanie.

On n'éprouve aucune empathie envers ces personnages, mais une fascination tant ils sont traités comme des icônes d'un monde en dehors de toute réalité commune. A plusieurs reprises, la caméra de Cronenberg semble attirer à elle ces idoles, si bien que l'on a l'impression que les lents travellings avant agissent comme un aimant attirant ces êtres en apesanteur vers le spectateur. Maps to the Stars, que l'on pourrait traduire par "cartes aux étoiles, vers les étoiles", est une oeuvre pertinente qui fait le constat très amer, mais malheureusement très réaliste, d'un univers en vase clos fonctionnant selon ses propres règles d'enfermement volontaire, à l'instar d'une secte dans laquelle l'inceste sert à se préserver de l'extérieur. Agatha représente l'élément qui essaie de se rebeller contre cet "establishment" mais, comme elle se retrouve seule contre tous, elle se heurte à la toute puissance de cette communauté qui refuse catégoriquement toute revendication personnelle, et prend, dès lors, le rôle d'un bras vengeur qui n'aura de cesse de vouloir anéantir sa propre lignée.

Grâce à des dialogues et des situations particulièrement féroces, le film se moque ouvertement, et à juste titre, de cette tendance qui voit beaucoup de gens renoncer à leur propre personnalité, en cherchant assistance à tous les niveaux auprès de charlatants parvenant, selon eux, à les faire accepter dans un milieu, qui devrait faire d'eux des icônes divines adulées de tous. C'est justement cette poudre aux yeux que Maps to the Stars dissèque profondément de l'intérieur en la faisant exploser dans une oeuvre violente à l'humour corrosif, comme l'illustre parfaitement la séquence où Havana Segrand danse après avoir appris la mort d'un enfant. Pour renforcer cet univers malsain qui tend à l'autosuffisance, certains personnages sont hantés par des fantômes, symboles de leur incapacité à gérer leur humanité en dehors du milieu qui les phagocyte.

Avec ce film brillant qui fera date, Cronenberg fait part de son aversion envers toute religiosité qui annihile le libre esprit et la personnalité de chacun. Ce voyage vers les étoiles n'est pas une balade bucolique, mais une virée chaotique avec pour destination les recoins les plus sombres de l'âme humaine.

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