Critique

Godzilla

 
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"En 1954, nous avons reveillé quelque chose." Cette phrase, entendue plusieurs fois ces derniers mois puisqu'elle joue un rôle fondamental dans la promotion de cette nouvelle incarnation cinématographique de Godzilla, nous rappelle la longévité d'une franchise très susceptible aux mutations. Lors de sa naissance, il y a soixante ans, le monstre préhistorique Gojira (Godzilla chez les occidentaux), créé par le cinéaste Ishiro Honda, était l'instrument grâce auquel le public japonais pouvait voir à l'écran un récit capable d'aborder la question du nucléaire, sujet tabou en dehors du cinéma de genre. Le personnage a évolué, par la suite, de différentes manières, et influencé des personnes comme Matt Groening (créateur des Simpson), Matt Reeves (Cloverfield) et Guillermo Del Toro, qui a conçu Pacific Rim comme un hommage sincère à la popularité du sous-genre consacré aux kaijus (monstres gigantesques). Il a même fini par visiter les Etats-Unis, en 1998, dans le blockbuster de Roland Emmerich. Cette dernière version a tellement deçu les fans que les producteurs japonais se sont ensuite "vengés" avec Godzilla: Final Wars (2004), où la créature inventée par Emmerich se fait tuer en moins de cinq minutes par le vrai Godzilla. Il est donc clair que toute tentative de resusciter "le roi des monstres" au cinéma, surtout dans une production américaine, serait un risque plutôt considérable.

Ayant séduit les cinéphiles avec son Monsters, un film qui n'avait rien à envier aux superproductions hollywoodiennes tout en ayant un budget que Michael Bay trouverait ridicule, l'Anglais Gareth Edwards a été choisi pour réinventer Godzilla de manière respectable. Il fait ça avec un film vraiment international: tournage au Japon et aux USA, acteurs britanniques (Aaron Taylor-Johnson, Sally Hawkins), français (Juliette Binoche), nippons (Ken Watanabe) et américains (Bryan Cranston, David Strathairn), un scénario et une mise en scène qui proposent un équilibre entre les thématiques de 1954 et la prédilection hollywoodienne pour les scènes de déstruction. Sans oublier, bien entendu, quelques clins d'oeil, qui ne plongent jamais dans la gratuité, pour fêter le soixantième anniversaire de Godzilla: la phrase citée en ouverture d'article en est un exemple, comme l'est aussi le nom Serizawa, ou le choix de montrer Gojira dans l'ombre lors de sa première vraie apparition, pour qu'il ressemble plus au prototype imaginé par Honda.

Le Godzilla de 2014 est un produit hybride: le générique d'ouverture est issu des films d'espionnage, la première moitié et le prologue notamment relèvent du film-catastrophe et, tel un Ridley Scott ou un Steven Spielberg, Edwards prend son temps pour introduire le personnage du titre ainsi que ses adversaires, les GOTNIs (Grands Organismes Terrestres Non Identifiés).  Comme dans Monsters, il s'interesse beaucoup à la construction du monde visuel et aux histoires humaines, sans pourtant oublier qu'on est en train de regarder un produit où des créatures gigantesques sont censées se taper dessus. Et quand ce moment arrive, il ne déçoit pas, car ce Godzilla est, avant tout, une lettre d'amour, faite par un fan pour les fans. Et lorsqu'il fait dire au docteur Serizawa "Let them fight!", on l'imagine, assis à côté de nous, en train de se rappeler pourquoi nous aimons Gojira, le roi des monstres qui vient de réclamer sa couronne. Aura-t-on droit, cette année, à un autre film aussi purement spectaculaire?

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