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Deux jours, une nuit

 
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habitués au Festival de Cannes qui leur a valu deux Palme d'Or (Rosetta en 1999 et L'Enfant en 2005), les frères Jean-Pierre et Luc Dardenne signent une nouvelle pépite et offrent un superbe écrin à l'indéniable talent de Marion Cotillard avec Deux jours, une nuit. Tout est dans le titre: Sandra, une ouvrière dispose de deux journées et d'une nuit pour convaincre ses collègues de renoncer à leur prime annuelle de 1000 € et de voter pour elle, afin qu'elle conserve son emploi.

Une fois n'est pas coutume, les Dardenne jouent avec le suspense, faisant de leur nouveau long métrage, une course contre la montre à l'issue improbable. Déjà fragilisée par une trop grande sensibilité, Sandra entreprend de voir ses collègues un par un durant un week-end éprouvant. Ni vraiment militante, ni demandeuse de reconnaissance, elle est soutenue, voire poussée, par son mari qui l'a supplie au moins d'essayer. On la voit donc se rendre chez les femmes et les hommes qui partagent le même travail qu'elle en usine, leur servir inlassablement le même discours. Les réactions sont propres à chacune et chacun et permettent au cinéma de faire le portrait d'une 'humanité laborieuse qui voit sa condition se ternir d'année en année, exposée à la machine infernale économique actuelle, qui ne répond plus qu'à une seule règle: la rentabilité. Mais Sandra en est consciente et respecte la décision de toutes et tous sans jamais chercher à les convaincre de changer d'avis, comprenant l'enjeu qu'une telle décision représente. Du coup, on est face au portrait d'une femme juste, sincère, authentique, que Marion Cotillard incarne avec maestria, tout en retenue et en efficacité.

Elle donne à Sandra, à la fois sa fragilité et sa détermination, en endossant, tour à tour et en même temps, les rôles d'épouse, de mère, de collègue et surtout de femme; une femme d'aujourd'hui dans une condition précaire, essayant de vivre un bonheur simple, entaché par une injustice d'ordre administratif, une de ces nombreuses aberrations fruits du capital roi, qui poussent certains à l'irréparable. Marion Cotillard tient là son plus beau rôle et prouve qu'elle n'est jamais aussi lumineuse et brillante que quand elle doit défendre des personnages qui en valent la peine.

Les frères Dardenne réussissent à garder une justesse de ton impeccable, sans ne jamais sombrer dans le pathos grâce à une mise en scène à hauteur d'homme, qui donne la parole à des êtres humains non pas exceptionnel, mais normaux. Bien que s'inspirant de la banalité la plus commune, les réalisateurs transcendent leurs sujets pour en tirer des fictions fortes, faites de personnages parfaitement écrits et de situations crédibles  dont l'efficacité n'a d'égale que l'émotion non simulée qu'elles provoquent, comme l'illustrent parfaitement, dans deux registres différents, la scène du terrain de foot et la séquence entre un père et son fils, réagissant de manière totalement opposée à la requête de Sandra. Deux jours, une nuit est un très grand film qui s'intéresse à la solidarité et à sa raison d'être dans un univers qui érige l'égoïsme en manière de vivre et préconise de ne plus voir les autres et leurs problèmes. Et c'est pour toutes ces raisons que le cinéma des frères Dardenne est respecté et reconnu, à juste titre.

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