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Recycling Lily

 
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Avec son premier long métrage, le natif de Châtel-St-Denis Pierre Monnard signe une comédie qui donne un coup de frais salvateur à une production helvétique parfois trop souvent léthargique. Par le biais d'une comédie romantique entre un inspecteur des poubelles très zélé et une jeune mère célibataire souffrant de syllogomanie, il dresse le portrait d'une Suisse de carte postale qui oscille entre l'ordre et le désordre, avec énormément de tendresse, sans ne jamais chercher à être cynique, ni à sombrer dans l'angélisme le plus mielleux.

Avec son co-scénariste André Küttel, Pierre Monnard crée une galerie de personnages qui ne sont pas monolithiques en leur donnant à tous une personnalité bien trempée. On y croise un maire arrogant et son assistant léche-bottes, un voisin romand un peu perdu dans une banlieue suisse-allemande, un concierge suspicieux et dénonciateur, une mère vampirisée par l'inspecteur Derrick, un vieux rocker allergique aux règles de toutes sortes, ou encore une fillette dégourdie et idéaliste. Tous donnent au film un ton original qui est renforcé par une imagerie empruntée au cinéma américain quand ce dernier traite des années 50 et 60, de cette époque d'insouciance au sortir du deuxième conflit mondial.

Astucieusement secondé par son chef opérateur Darran Bragg, le cinéaste qui a rencontré sa vocation en usant les sièges du cinéma Sirius de son village natal, nous offre une fable où réalisme et onirisme se répondent sans cesse dans un ballet totalement féérique. Cela fait du bien de découvrir aujourd'hui un cinéma parfaitement original qui ne cherche pas l'esbroufe par un esthétisme gratuit et qui nous narre une histoire typiquement helvétique, sans vouloir imiter les recettes des grands pays producteurs d'un cinéma proche parfois du populisme le plus flagrant. Ici rien n'est noir ou blanc, mais coloré à l'image des conteneurs roses de la déchetterie, comme si l'on vivait dans le royaume du paraître, qui refuserait la réalité en se cachant derrière des artifices prônant le beau.

Mais grâce au personnages de Lily, on retombe rapidement dans une vérité qui n'a rien à voir avec les contes de fées que l'on raconte aux enfants. Lily est malade et ne se l'avoue pas, ce qui la rend passablement asociale, en dehors de son travail de serveuse. Elle accumule toute une panoplie de déchets dont elle ne parvient pas à se débarrasser, ce qui, selon elle, la rassure. Cette névrose de plus en plus présente dans nos société occidentales se traduit ici par un manque de confiance, un repli sur soi-même. Recycling Lily touche dès lors à un malaise moderne qui est même devenu le sujet d'une certaine téléréalité, de manière frontale, transformant une astuce scénaristique au premier abord comique, en une touche plus dramatique. C'est un enfant, Emma, la fille de Lily, qui s'évertura à ce que le chaos de sa mère rencontre l'intransigeance d'un inspecteur des poubelles très à cheval sur la discipline, afin d'obtenir un parfait compromis. Et c'est grâce à la musique, personnage primordial de ce délicieux long métrage, qu'Emma usera de sa stratégie pour parvenir à ses fins.

On se laisse très agréablement bercer par cette magie improbable qui réussit à nous emporter dans son propre monde, tout en nous brossant les qualités et les défauts d'une petite nation qui n'ose que trop peu souvent étaler ses richesses culturelles et ses nombreux talents, dont Pierre Monnard fait indubitablement partie.

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