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Les Yeux jaunes des crocodiles

 
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A l'heure du "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil" il est devenu impossible de dire du mal d'un succès, car forcément si c'est un succès, c'est bien, et ceux qui pensent le contraire sont dans le faux. Avec ce film qui squatte les pages de publicité dans tous les médias et son équipe qui hante les plateaux télévisés pour ne s'entendre dire que des louanges, on a affaire à ce phénomène, qui devient de plus en plus détestable, de l'adaptation d'un succès de librairie (à fuir comme la peste en général, et il y a assez d'exemples qui le prouvent) qui sera forcément un succès au cinéma, et donc un bon film, et tant pis pour ceux qui ne rentrent pas dans le moule de cette bien-pensance gluante.

S'il y a une chose à sauver ici, c'est le personnage interprété par Patrick Bruel qui montre une nouvelle fois l'étendu de son talent de comédien: il dépasse toutes ses consoeurs et confrères d'au moins trois têtes, en commençant par Samuel Le Bihan qui fait un retour désastreux, en rendant encore plus pathétique son rôle qui n'en demandait pas tant. Emmanuel Béart traverse le film sans aucune conviction. Et Julie Depardieu s'en sort tout juste, mais son personnage l'oblige à faire dans le sentimentalisme le plus déplacé.

Cette histoire de deux soeurs que tout oppose (la gentille battante pas très jolie et la méchante opportuniste vénéneuse) est cousue de fil blanc, répondant aux standard de la psychologie de bazar la plus à la mode, sombrant dans la niaiserie la plus complète, en donnant une image du monde littéraire des plus ringarde et détestable. On assiste à une longue série de clichés qui ravira les fans de mièvreries servis sur un plateau d'argent, tellement la crédibilité (on ne parle pas de réalisme, ce serait beaucoup trop présomptueux) des situations atteint des sommets de convention chère à notre civilisation dans laquelle prôner la médiocrité est devenu synonyme de bon goût, au détriment du vrai talent.

Le long métrage sombre définitivement dans les abysses lors de la scène de l'annonce de la mort d'un des protagonistes, un happening uniquement là pour faire pleurer les midinet(te)s et amener l'entreprise dans une suite, où la morale bien pensante prend le dessus de la manière la plus vulgaire. Comme tou(te)s les tièdes (et il y en a de plus en plus) aiment à le répéter dans les médias et sur les fameux réseaux dits sociaux, qui finissent par faire de nous des êtres mous du ciboulot, ne savant même plus ce que révolte veut dire, tous les goûts sont dans la nature, certes, mais il y en a de plus nauséeux que d'autres.

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