Critique

The Grand Budapest Hotel

 
Critique par |

POUR

The Grand Budapest Hotel, huitième long métrage du cinéaste texan Wes Anderson, a été présenté en ouverture de la dernière Berlinale, le 6 février 2013.

Les critiques ont souvent reproché à Wes Anderson de s’échiner à faire inlassablement le même film, de manière presque obsessionnelle. Le reproche est injuste au regard de la fantaisie et de l'inventivité qui caractérisent son œuvre. De telles critiques s'apparenteraient à accuser Chaplin de recourir toujours aux mêmes truchements comiques ou de  reprocher à Hitchcock de se répéter sous prétexte qu’il tournait des films à suspense.

Le cinéaste américain, qui vit la moitié de l'année à Paris, a succombé aux charmes des villes du vieux continent et s'inspire de l'histoire, des l'architecture, des contes pour nous entraîner dans une station thermale d'un pays imaginaire, la République de Zubrowka. On y suit les aventures de Gustave H, interprété par le très britannique Ralph Fiennes, dandy à souhait, concierge d'un célèbre hôtel européen de l'entre-deux-guerres, qui prend sous son aile un nouveau groom, Zéro Moustafa, qui sera son allié le plus fidèle. Wes Anderson s’évertue à reproduire son style étincelant, voire clinquant, un style devenu sa marque de fabrique. Mais contrairerment à son film précédent, Moonrise Kingdom, sympathique escapade bucolique aux accents de boy-scouts, le cinéaste aborde ici des sujets très sérieux, voire délicats, tels les montées des fascismes, les milices nazies, les ségrégations et l'extermination des minorités, la décadence des empires (on songe à la chute du dernier tsar), la vieille Europe des années 1930, l’immigration, mais aussi la filiation (ici, symbolique), le désir sexuel intempestif, le tout sur fond onirique qui invite au voyage.

Trente ans d’histoires, grandes ou petites, presque autant de lieux et de personnages défilent sous nos yeux ébahis, magistralement compressés en une heure quarante (un défi de mise en scène en soi), et répartis en trois fils narratifs que le film tresse avec une virtuosité remarquable, une drôlerie communicative et une fantaisie désopilante, le tout saupoudré d'une ironie déconcertante. Quelques cadavres joncheront le sol, évidemment, dans cette parodie d'Agatha Christie.

Dans cet hôtel cinq étoiles défile une galerie de portraits tous plus savoureux les uns que les autres, dignes des caricatures de Daumiers. L'une des plus riches et vieilles clientes de l'hôtel, Madame D (Tilda Swinton, métamorphosée) est retrouvée assassinée à son domicile. Comme elle laisse un tableau inestimable au concierge, il sera accusé et fera face à des héritiers cupides, emmenés par le redoutable Dimitri (Adrien Brody) flanqué de son homme de main (Willem Dafoe). S'ajoutent dans des rôles plus ou moins courts, Bill Murray, Owen Wilson, Edward Norton, Harvey Keitel, Jason Schwartzman, tous des fidèles de Wes Anderson. Mais aussi des nouveaux venus, comme Jude Law, et même les Français Mathieu Amalric et Léa Seydoux. 

Abordant des pages d'histoires douloureuses du XXème siècle, Wes Anderson réussit la gageure de conserver un ton facétieux, enjoué qui fait mouche, signant, sans doute, l'un des plus  beaux films de ce début d’année.

En savoir plus sur Firouz-Elisabeth Pillet

Dans le même sujet...

 

The Grand Budapest Hotel

Critique par |

CONCOURS Gagnez des places pour aller voir "Mare"

Participer