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Only Lovers left alive

 
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Après s'être magistralement confronté au western avec le génialissime Dead Man et avoir visité brillamment le polar avec le non moins excellent Ghost Dog: the Way of the Samurai, Jim Jarmusch se plonge dans un nouveau genre: le film de vampires. Il nous livre une oeuvre superbe qui fait enfin oublier les dernières catastrophes hollywoodiennes qui ont largement insulté le mythe de la créature des Carpates sur le grand comme sur le petit écran, à la rare et récente exception d'un petit film suisse indépendant d'Olivier Beguin: Chimères, qui fait en ce moment un très joli parcours dans les festivals.

Les vampires de Jarmusch sont contemporains, mais ont de la peine à s'intégrer à notre époque. On fait la connaissance d'un couple d'amants éternels séparé par l'Océan Atlantique. Eve réside à Tanger, ville des artistes toxicomanes par excellence et Adam se calfeutre dans une maison de Detroit sise dans l'une des rues les plus glauques de cette ville qui fut l'un des fleurons de son pays. Il négocie ses repas avec un infirmier de l'hôpital, afin d'avoir de la nourriture toujours fraîche. Il ne chasse plus comme ses congénères, essayant ainsi d'aller contre sa nature de prédateur nocturne et, ma foi, il ne s'en sort pas trop mal. Ce personnage est superbe de nonchalance. C'est un dandy fanatique de tout ce qui se rapporte à la musique de la seconde moitié du XXème siècle. Il collectionne les instruments rares. Eve est plus âgée, physiquement s'entend, puisque les vampires ne vieillissent plus une fois qu'ils ont été convertis. Elle revient aux Etats-Unis pour s'occuper de sa jeune soeur qui file un mauvais coton car elle ne sait pas s'adapter à son époque pour se sustenter, et aujourd'hui, un vampire se doit d'être encore plus discret que par le passé, car les gens ne disparaissent plus aussi facilement.

Porté par deux acteurs en état de grâce, le long métrage de Jim Jarmush fonctionne comme ses personnages, discrètement, lentement, en toute sérénité. Il est serti d'un humour admirable et d'un romantisme maîtrisé. Son titre se traduit littéralement par: seuls amants restés en vie. Et c'est bien de cela qu'il s'agit, car le film suggère clairement qu'un couple de vampires a plus de chance de survivre qu'un individu isolé. Il imagine la communauté mondiale des descendants de Dracula comme une sorte d'amicale solidaire où chaque membre bénéficie d'une aide financière de chaque instant: ils n'ont jamais de problème d'argent. Par contre, ils doivent toujours faire face à des inconvénients qui peuvent être fort gênants comme ne pouvoir sortir ou voyager qu'à la nuit tombée: les réservations d'avion deviennent pour le moins délicates. Jarmusch innove tout en respectant le mythe auquel il se réfère en s'octroyant quelques pertinences du meilleur effet. Sa dernière oeuvre est envoûtante et vous emporte très rapidement dans un univers sur le déclin, comme il est question dans Dead Man et Ghost Dog, la fin d'une ère et le commencement d'une nouvelle qui se débarrasse gentiment mais sûrement des esprits vieillissants comme Eve et Adam.

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