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La Belle et La Bête

 
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Huit ans après son dernier film, Silent Hill, et suite à des projets tous plus excitants les uns que les autres, malheureusement avortés (Bob Morane, Rahan, Fantômas), l'un des plus grands représentants du film de genre made in France revient derrière la caméra avec une nouvelle version de La Belle et la Bête, jadis porté à l'écran par Jean Cocteau. Revenant aux sources du conte de Gabrielle-Suzanne de Villeneuve, Christophe Gans opte pour le parti-pris de la féérie pure, plongeant d'emblée le spectateur dans un enchantement qui ne se démentira jamais.

S'ouvrant sur une scène dans laquelle une maman s'apprête à faire la lecture d'un livre à ses deux enfants, le film reviendra régulièrement sur cette séquence, l'histoire du conte prenant vie sous nos yeux au fur et à mesure de la lecture (voir à ce titre la formidable image de la gravure du navire prenant vie). Intelligemment, Christophe Gans dresse ainsi une passerelle entre le monde réel et celui de l'imaginaire, le premier nourrissant le second (les cinq dernières minutes du film seront là pour s'en faire l'écho). Véritable galerie d'images à la beauté plastique ahurissante (quasiment chaque plan du film pourrait être accroché au mur tel un tableau), La Belle et la Bête en appelle à notre faculté d'émerveillement et d'abandon dans un monde irréel où les princes cotoient les nymphes, où les châteaux sont parés de mille feux et où la forêt possède son propre Dieu. C'est notamment sur ce dernier point que l'on retrouve la fascination du réalisateur pour la culture japonaise et notamment l'animisme, Gans se rapprochant ici de Miyazaki dans sa propension à présenter une nature dotée d'une âme propre.

D'un symbolisme permanent, le film ne raconte ni plus ni moins que l'éveil d'une jeune fille à la sensualité et son passage de l'état d'adolescente à celui de femme. Le caractère animal de la Bête n'est bien entendu pas anodin, et participe de l'aspect charnel, sensuel et érotique de l'histoire. Non content de raconter l'idylle naissante entre deux êtres, le film met également l'accent sur le drame passé du prince (Vincent Cassel) et la malédiction qui en découle. C'est ainsi une double histoire d'amour qui nous est contée, la première irriguant la seconde dans une remarquable fluidité narrative.

Bourré de séquences visuellement inoubliables (la scène de bal, la Belle à terre dans la neige, la scène d'ouverture, la Belle tombant dans le lac gelé, entre autres), le film possède entre autre une scène s'imposant instantanément comme le plus beau plan de toute l'oeuvre de Gans. Cette séquence, illustrant la colère du Dieu de la forêt s'apprêtant à faire s'abattre son courroux, voit les hommes du prince sur leurs chevaux, apeurés, paniquant sous un ciel déchaîné, à la merci d'une force qu'ils ne maîtrisent pas. Filmé en lent travelling, le plan s'apparente à un tableau prenant vie, Gans parvenant à créer une puissance d'évocation absolument estomaquante par la seule force de sa mise en scène. Ou quand l'art cinématographique s'affranchit des barrières artistiques (une constante chez le réalisateur). Un instant rare qui restera longtemps gravé dans la rétine des spectateurs.

On pourra toujours trouver tel CGI râté (la biche) ou relever certaines longueurs ou redondances (les lucioles), cela n'enlève en rien le plaisir absolu, enfantin, magique et salvateur que procure La Belle et la Bête. Cyniques de tous poils, passez votre chemin, le long-métrage de Christophe Gans en appelle à notre faculté d'émerveillement et de croyance envers un univers féérique où la poésie le dispute à la magie.

A une époque où le cinéma populaire résonnerait presque comme un gros mot, La Belle et la Bête rappelle à ceux qui en douteraient qu'il n'y a rien de plus noble que de vouloir apporter du plaisir au plus grand nombre.

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