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L'Amour est un crime parfait

 
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L'Amour est un crime parfait,
dernier opus des frères Larrieu, est l'adaptation filmique d'un roman de Philippe Djian, Incidences, publié en 2010. Le romancier a déjà inspiré le septième art: son roman 37°2 le matin a été adapté par le cinéaste Jean-Jacques Beineix en 1986.

Côté casting, Jean-Marie et Arnaud Larrieu se sont entourés d'une solide équipe d'acteurs, tous excellents dans des rôles dans lesquels on n'a guère coutume de les voir. Pour L'Amour est un crime parfait, le tandem de réalisateurs retrouve leur acteur fétiche, Mathieu Amalric, ce film signant leur quatrième collaboration. Rappelons que leur trio artistique a vu le jour avec avec le moyen métrage La Brèche de Roland (2000), s'est poursuivi avec Un homme, un vrai (2003) et enfin dans Les Derniers jours du monde (2009) où ils tournaient déjà avec Karin Viard, aussi à l'affiche de L'Amour est un crime parfait.


Après la projection de ce film, un sentiment étrange entre trouble, fascination, envoûtement et sidération éprend les spectateurs. Une certitude: il s'agit bien là d'un O.F.N.I. (Objet filmique non identifié), une trouvaille, un geste créatif iconoclaste. Ce nouveau film des frères Larrieu détourne les règles et les rouages classiques du polar pour livrer une réflexion non conventionnelle et troublante sur les pulsions qui habitent l’être humain ainsi que ses faces cachées.


Pour faire évoluer l'enquête, avec le consentement du principal suspect, les réalisateurs plantent leur décor dans un milieu qui leur est fort familier, les Alpes enneigées. L'Amour est un crime parfait est donc l'occasion pour le duo de cinéastes d'effectuer un véritable retour aux sources puisqu'ils ont passé leur enfance en plein coeur des Pyrénées. Contrairement au roman qui s'ouvre à l'arrivée du printemps, les cinéastes ont choisi la blancheur immaculée de l'hiver pour symboliser les troubles de mémoire de leur protagoniste. Il en résulte une atmosphère étrange, nimbée d’incertitudes, de confusion, d'absence de mémoire.


Depuis plus d'une décennie, Jean-Marie et Arnaud Larrieu nous servent, à une cadence régulière, des œuvres insolites, imprévisibles, décalées. La dernière qui nous avait surpris, c'était en adaptant un roman de Dominique Noguez pour leur étrange Les derniers jours du monde (2009), présenté au Festival de Locarno.


Toujours en proie à leurs obsessions artistiques, ils s'attardent ici sur les méandres des dérives psychologiques et les perversions de leurs personnages troubles malgré une apparence limpide. Que les férus d'Agatha Christie et de polars noirs traditionnels passent leur chemin sans voir ce film. Ils n'y trouveraient pas leur compte.


Que les autres, curieux, intrépides ou cinéphiles, courent voir ce film dont les à-côtés font toute la saveur et lui confèrent un parfum mystérieux, à la fois doux et âpre. Un parfum de mystère lié à la disparition d’une jeune fille du campus où enseigne un Don Juan pervers, manipulateur narcissique, remarquablement interprété par Matthieu Amalric qui évolue avec une aisance sidérante dans ce rôle. Les relations complexes qui lient ce professeur à sa sœur (excellente Karin Viard) intriguent et retiennent toute l’attention des spectateurs. Les spectateurs vaudois auront le plaisir de reconnaître l'EPFL de Lausanne dont le design futuriste est magnifiquement filmé.


Alors que les différents protagonistes se livrent à des jeux de séduction et de domination qui débouchent sur un sentiment de schizophrénie palpable, l'atmosphère froide et tortueuse, à l'image de la psychologie du protagoniste, étend progressivement sa chape de plomb sur cet univers. Comme gagné progressivement et imperceptiblement par la folie, L’amour est un crime parfait ose aborder les thèmes de la pulsion incestueuse, de l’irrépressible désir sexuel, des déviations et de la violence, de la possession, de l’incapacité des êtres à affronter leurs démons et à sortir de leurs névroses. Le film fait naître une improbable histoire d’amour entre Amalric et Maïwenn, prétendue belle-mère de la disparue et policière infiltrée; leur historie d'amour naissante est d'autant plus poétique et belle, puisque vouée, de fait, à l’échec.


On ne sort pas indemne de cette projection mais troublé, interloqué, poursuivi par diverses séquences. Le film des frères Larrieux a d'ailleurs séduit plusieurs festivals: il a fait partie de la sélection officielle du Festival International du Film de Toronto et de celui de San Sébastien dans la sélection "Las Perlas" en 2013. La même année, il a été nommé à trois reprises au Festival du Film de Sarlat sans remporter de distinction. Mais les Basques ont vu juste: il s'agit véritablement d'une perle.

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