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12 Years A Slave

 
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Django Unchained avait en 2013 déjà traité de l'esclavagisme à travers une histoire de vengeance dramatico-comique, toute en démesure, propre au style de son réalisateur Quentin Tarantino. Ce passé honteux des Etats Unis est à nouveau à la base du troisième long métrage du britannique Steve McQueen mais cette fois-ci c'est sous l'angle d'un réalisme brutal que le réalisateur a voulu nous le dépeindre. Car au départ, il s'agit du journal de Solomon Northup, publié en 1853, dans lequel l'homme conte ses années de calvaire. Pourtant libre et éduqué, Solomon est kidnappé et vendu comme esclave. Condamné à travailler dans une plantation de coton de la Louisiane sous le joug d'un propriétaire des plus sadiques, Platt – son nom d'esclave - sera libéré douze ans plus tard.

Autant être prévenu : Steve McQueen nous entraîne sans concession dans des scènes de tortures à la limite du supportable mais qui en raison de l'énorme maîtrise des acteurs et de l'intelligence de la mise-en-scène sont stupéfiantes ; impossible donc de manquer une seconde du récit incroyable de Solomon. Derrière ce personnage, on retrouve Chiwetel Ejiofor (Amistad, Children of Men) qui nous fait montre de ses talents d'acteur, se glissant magistralement dans la peau de Solomon que les sévices et les humiliations ne démontent pas. Puis il y a l'acteur fétiche de Steve McQueen, Michael Fassbender, glacial dans le rôle de l'intraitable maître Epps. Celui-ci déverse ses colères notamment sur Patsey, la meilleure récolteuse de coton qu'interprète de manière extraordinaire Lupita Nyong'o. Une magnifique distribution mais aussi des images saisissantes qui font souvent froid dans dos, la caméra se faisant seule témoin de la brutalité des coups et de l'impuissance du peuple exploité. Et de ce fait, notre passivité en tant que spectateur est aussi mise en cause, comme le montre ce plan incroyable où l'on agonise avec Pratt qui se débat au bout de sa corde tandis que la vie de l'exploitation continue, proche de l'indifférence. La trame mélodique de Hans Zimmer participe à nous immerger dans ce récit puissant, presque dérangeant. Ainsi, bien qu'on puisse lui reprocher la redondance de certaines répliques, le film du réalisateur de Shame mérite amplement sa place dans la course aux Oscars.

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