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Les Garçons et Guillaume, à table !

 
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2008: sociétaire de la Comédie Française, Guillaume Gallienne crée sur scène Les garçons et Guillaume, à table !, pièce inspirée de la propre adolescence du comédien, racontant notamment son rapport à sa mère ainsi qu'une quête d'identité des plus douloureuses.
 
2013: changement de support. Gallienne transpose son histoire sur grand écran. Pour le meilleur ? Pas vraiment. Et pourtant, cela commençait plutôt bien. Cadre en scope, mise en scène travaillée (on sent un véritable travail visuel sur l'ensemble du film), acteurs au diapason, Gallienne à la fois dans son propre rôle et celui de sa mère...Et pourtant, la mayonnaise ne prend pas. Car à vouloir ménager la chèvre (la comédie) et le chou (le drame), le film perd en profondeur ce qu'il gagne (parfois) en rires, et perd en rires ce qu'il gagne (rarement) en profondeur. En gros, le long-métrage ne parvient jamais à trouver le ton juste. N'est pas Woody Allen qui veut.
 
D'autre part, l'une des plus grosses erreurs de Gallienne est d'avoir entrecoupé son film de séquences théâtrales présentant le comédien sur scène s'adressant à un public invisible. Outre l'absence totale d'intérêt de ce parti-pris (on est au cinéma, pas au théâtre), ces cassures intempestives de la narration ont pour effet de briser le rythme du film et de sans cesse ramener l'entreprise à son origine théâtrale. Autre conséquence perverse et désagréable provoquée par ce procédé: le spectateur a sans arrêt l'impression d'assister à une psychanalyse en public, les séquences théâtrales étant le plus souvent cadrées en gros plan, Gallienne s'adressant ainsi directement à son auditoire. En d'autres termes, public, tu es mon psy, écran, tu es mon divan. Fatigant.
 
En outre, le personnage Guillaume incarné par Gallienne ne parvient presque jamais à créer l'empathie. Sous la coupe d'une relation mère-fils qui l'étouffe, il ne fera jamais rien pour s'en extraire avant la scène finale. Plutôt mou, passif, subissant au lieu de s'affirmer, il est ainsi rarement attachant, malgré un trauma évident mais que le réalisateur ne parvient jamais à rendre touchant.
Restent deux scènes de rire, celle du crucifix géant et la séquence pré-massage en Allemagne. Cela fait bien peu, d'autant que la bande-annonce s'avérait extrêmement prometteuse. Malgré des intentions louables (développer un propos sur la quête d'identité) et une mise en scène remarquable, Les garçons et Guillaume, à table ! ne restera finalement qu'un pétard mouillé, alors qu'on aurait tellement voulu l'aimer.
 
Un coup dans l'eau.

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