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All is Lost

 
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C'est un Robert Redford dans un registre assez nouveau que l'on retrouve devant l'objectif du réalisateur de Margin Call. Pour incarner ce marin sans nom, en difficultés au coeur de l'océan Indien après une collision avec un container, il fallait un acteur au physique solide, charismatique et capable de nous faire croire pendant une heure et demi à la réalité de son calvaire. Un choix donc pertinent puisque l'acteur gère ce défi magnifiquement, dans un rôle un peu à contre emploi, les personnages qu'il endosse généralement ayant la situation plutôt sous contrôle. Seul devant la caméra, dans un espace confiné et quasiment sans émettre une parole – à part un tonitruant cri de désespoir et de colère -, Redford interprète magistralement cet homme désemparé face aux éléments. Il restera néanmoins un mystère du début à la fin ; en effet, derrière les plans serrés sur ce visage et une caméra collée au personnage, parcourant le moindre de ses gestes, le réalisateur garde son passé inconnu. Un choix judicieux qui contribue au plaisir de voir le film de J.C. Chandor se placer certainement parmi les belles surprises de cette année 2013.

Sans vouloir nous en mettre plein la vue, les scènes de tempêtes sont renversantes et on se laisse emporter dans les tourbillons narratifs que le cinéaste fait subir à son malheureux héros. On partage avec lui ces moments de désespoir mais aussi de petit bonheur – un bon plat de pâtes savouré avant la tempête – ainsi que des instants de plénitude au milieu de l'océan rugissant. De plus, Alex Ebert sublime de ses notes lancinantes l'immensité de ce décor infini et d'une imprévisibilité palpable à chaque instant. Une musique peut-être un peu trop redondante, mais dont le thème rend compte avec justesse des sentiments que peut traverser le vieil homme. Du côté de la salle, les sensations sont en tout cas au rendez-vous et cloué sur notre siège, une vague d'impuissance nous gagne peu à peu ; nous étions pourtant avertis, «tout est perdu ». C'est pourquoi, au final, c'est empli d'une certaine naïveté que l'on souhaite que ce film catastrophe se transforme en odyssée au dénouement heureux.

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