Critique

Naufrage

 
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Voilà enfin un court métrage suisse de genre qui ne pue pas le scolaire ou la prise de tête. Pour cela, merci à toute l'équipe qui a concrétisé cette perle sombre. Il fallait beaucoup d'abnégation ou plutôt un puissant goût du risque pour donner corps à ces deux couples en perdition. La situation qui les échoue à quelques encablures de l'île les met à cran dès la première scène et les quatre acteurs de cette horrible journée rendent palpable cette atmosphère de tension.Alex (Yannick Rosset) tente de comprendre la situation, il est pragmatique et essaie d'éviter les conflits du mieux dont il peut. Face à lui, on trouve Angela (Sandrine Girard) qui essaie de garder sa bonne humeur. Il faut la voir toute guillerette devant deux moutons enfermés dans un enclos au milieu de l'île. A ces côtés, il y son petit ami, Jonathan (Yannick Merlin) qui se révèle vite être une âme vile, sans scrupule et à l'ego surdimensionné. Yannick Merlin réussit une telle performance que l'on se demande si les spectateurs de la première du NIFFF 2006 ont applaudi la disparition de son personnage ou l'excellent effet visuel qui accompagne celle-là. Jasna Kohoutova, incarne la deuxième jeune femme en donnant à son rôle une personnalité de rêveuse évasive dont le réveil sera fatal. Et n'oublions pas Isabelle Meyer qui représente l'unique secours dans cette antichambre de l'enfer, mais qui arrive hélas trop tard.Olivier Béguin, dont on apprécie la filmographie, nous invite à une journée terrible, implacable qui voit la victoire incontestée de l'île elle-même. Le cinéaste la filme de façon inquiétante malgré sa végétation foisonnante en lui donnant une aura malfaisante qui est malicieusement accentuée par les interventions judicieuses de la musique de Didier de Giorgi en osmose totale avec l'ambiance générale de l'uvre. Olivier Béguin ne perd pas de temps à exposer son sujet ou ses personnages, il nous plonge au cur de l'action et donne à son court métrage un rythme qui va crescendo, comme la nuit qui tombe, laissant place au calme le plus mortel.

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