Critique

La Vénus à la fourrure

 
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Contrairement à ce que l'on a pu lire dernièrement, Roman Polanski ne fait pas du théâtre filmé, qui consiste justement à filmer une pièce de théâtre face à la scène, mais est un maître du huis-clos. Et après son excellent Carnage, il remet le couvert pour cette Vénus à la fourrure, de manière toujours aussi brillante. Il parvient à maîtriser la géographie de son décor, qui consiste ici en une petite salle de théâtre parisien, comme peu de ses confrères savent le faire. Il aborde quasiment son espace comme s'il s'agissait d'une peinture que l'on observe autant dans son ensemble que dans ses détails, et c'est l'intrigue qui met l'accent sur l'un ou l'autre des éléments de son aire de jeu.

Il est bien question de jeu dans ce film qui prend un malin plaisir à confronter l'homme et la femme en en faisant émerger les défauts et les qualités de ces deux êtres qui ne manquent jamais une occasion de se jauger. On assiste à un match entre deux personnalités singulières qui changent de rôles régulièrement, l'une prenant le dessus sur l'autre et vice et versa, si bien que l'on finit par se demander si l'on n'as pas devant les yeux une seule entité qui devient monstrueuse.

Il fallait deux comédiens exceptionnels pour donner vie à ces deux personnages hors du commun. Le choix d'Emmanuelle Seigner et de Mathieu Amalric s'avère des plus judicieux et sous la direction de Roman Polanski, ils font des merveilles. Emmanuelle Seigner représente le naturel le plus désarçonnant. Elle est simplement impériale en actrice de théâtre au parler très populaire usant de manière très drôle du mot genre qu'elle utilise comme une ponctuation. Elle devient vénéneuse et joue à merveille de son corps tout entier. Mathieu Amalric se fond dans la peau d'un jeune metteur en scène à la fois imbu de sa personne et très hésitant, voire angoissé. Il se transforme en dompteur face à cette comédienne qu'il commence par prendre de haut avant de s'apercevoir qu'elle possède bien plus de ressource qu'il ne pouvait soupçonner, et finit complètement soumis.

Bénéficiant d'une très belle photographie, d'un montage irréprochable et d'une musique malicieuse, La Vénus à la fourrure parle des dysfonctionnements entre l'homme et la femme avec une telle pertinence et un tel recul que l'humour qui en découle devient vite ravageur, pour ne pas dire salvateur. Il serait dommage de se priver d'une invitation à rire de ses travers d'une telle classe.

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