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Captain Phillips

 
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Il est réconfortant de savoir que cette fin d'année voit apparaître sur les écrans un film américain qui fait oublier l'immonde Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow et son discours revanchard. Ici, Paul Greengrass offre le point de vue de tout le monde, sans se focaliser sur un héros puisé dans la mythologie du super héros américain de comics. Captain Phillips donne la parole à tous les camps impliqués dans cette prise d'otages spectaculaire. On ne juge pas les quatre jeunes pirates somaliens qui agissent par désespoir et désillusion, mais on essaie de comprendre leur démarche en ressentant son mécanisme proche du suicide. L'équipage du cargo ne s'amuse pas à jouer les gros bras et subit ce qu'il lui arrive. Le spectateur se met très vite à sa place, ici aussi, en ressentant les différentes émotions par lesquelles il passe. Même l'armée américaine est traitée de manière neutre, normale.

Si vous espérez voir un film d'action décérébré à la manière des années 80, passez votre chemin, car Captain Phillips en est tout l'inverse. Ce n'est pas une énième pochade à la gloire de l'impérialisme et du soit-disant rôle de gendarme du monde des Etats-Unis. Ce long métrage est avant tout une expérience humaine partagée, un drame de notre époque et un contraste très violent entre les plus pauvres et les plus riches de la planète. Mais Greengrass prend un soin particulier à ne jamais sombrer dans le manichéisme vulgaire, en ne désignant jamais du doigt qui est la victime et qui est l'agresseur. Les marins du cargo sont des hommes de condition moyenne, mais leur navire représente la puissance et l'arrogance aux yeux des pirates somaliens. Il y a des scènes très fortes qui mettent en évidence les rapports entre les deux clans qui, chacun à sa manière, agit finalement d'une façon quasiment administrative: on est loin de tout héroïsme romanesque.

Les quatre comédiens qui ont la difficile tâche d'incarner les pirates sont incroyables de réalisme. Leur jeu transcende la détresse de leurs rôles. Encore un mot sur Tom Hanks qui devrait être en bonne position dans la prochaine course aux Oscars. Il est impérial et sa scène finale est bouleversante. Il brille par la sobriété de son art et parvient à faire ressortir l'humanité de son personnage à chaque instant.

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