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9 mois ferme

 
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Albert Dupontel fait partie de ces cinéastes iconoclastes comme Gustave Kerven, Benoît Delépine, Jan Kounen ou Bouli Lanners qui exigent une liberté artistique totale au profit d'un budget démentiel. Son cinquième long métrage, 9 mois ferme, est une déferlante d'humour et de tendresse, une farce tragi-comique et un condensé d'énormément de talents.

Il y a tout d'abord l'impeccable Sandrine Kiberlain qui montre une telle facilité à se fondre dans ses personnages. Elle est ici Ariane Felder, une juge rigoureuse qui a choisi un plan de carrière plutôt qu'une vie de famille. Mais elle a aussi ses faiblesses, comme tout un chacun, et se retrouve confrontée à quelque chose d'inimaginable pour elle: elle est enceinte suite à une nuit trop arrosée et va devoir s'associer au responsable de son état, ce qui va lui faire découvrir une autre facette de la vie.

Ensuite, il y a Albert Dupontel lui même dans un rôle qu'il affectionne et maîtrise particulièrement, celui d'un être brut de décoffrage, maladroit, mais foncièrement gentil. Son Bob est le cousin de Bernie ou du Vilain, un électron libre qui n'a que faire des règles de la société.

On découvre aussi une galerie de personnages secondaires hauts en couleurs comme les aiment le réalisateur. Bouni Lanners incarne un opérateur de vidéo surveillance hilarant. Philippe Duquesne se voit confier le rôle d'un médecin légiste rabelaisien au rire facile. Nicolas Marié campe un avocat bègue d'anthologie, comme le prouve sa plaidoirie, l'une des meilleures séquences comique de l'année. Quand à Philippe Uchan, fidèle collaborateur du metteur en scène qui supervise le tournage quand Dupontel est devant la caméra, il se fond dans la peau d'un collègue d'Ariane, un juge à qui il n'arrive que des malheurs. Et cerise sur le gâteau, on a droit à quelques apparitions dangereuses pour les zygomatiques de Ray Cooper, Terry Gilliam, Jan Kounen, Yolande Moreau et Jean Dujardin.

Moins burlesque que dans Le Vilain, la réalisation tend ici vers un réalisme laissant plus de place au jeu des comédiens et aux situations, qu'à un exercice de haute voltige où la caméra devient le moteur centrale de l'intrigue. Il y a bien sûr quelques séquences complètement folles dont une bien gore à se plier en deux de rire. Mais il y a aussi beaucoup de tendresse et l'évolution des personnages centraux y est pour beaucoup. Le film prend dès lors une tournure très humaine et parvient à une conclusion réjouissante.

Avec 9 mois ferme, Albert Dupontel signe une oeuvre qui a tout pour plaire, sans tomber dans le populisme ou le marketing outrancier. Gageons que le public sera au rendez-vous et fera de ce film, exemplaire en terme de comédie, le succès qu'il mérite amplement.

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