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Prisoners

 
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CONTRE

Après l'extraordinaire Incendies, qui bénéficiait d'une intrigue rigoureuse et d'une mise en scène inspirée, Denis Villeneve déçoit avec son nouveau long métrage, Prisoners, mais la faute en incombe surtout au scénario signé Aaron Guzikowski. Le film souffre d'un malaise de plus en plus récurent dans la nouvelle génération: l'écriture bâclée et tarabiscotée du ou des méchants. Hitchcock disait en substance que meilleur est le méchant, meilleur est le film. Ici, la leçon n'a pas été retenue et c'est bien dommage.

Prisoners raconte pendant deux heures et trente minutes la disparition de deux fillettes, l'enquête officielle et les méthodes peu orthodoxes d'un des pères d'une des victimes face à un suspect. Le casting, la mise en scène, l'image de Roger Deakins et la musique remarquable de Jóhann Jóhannsson sont admirables, mais le film n'évite pas les pièges d'une certaine morale, même si sa fin est plus ou moins ouverte. Il aborde le délicat sujet de l'auto-justice en nous montrant un père de famille banal (Hugh Jackman) qui se laisse complètement débordé par ses émotions et perd toute rationalité, en séquestrant et torturant un jeune homme mentalement déficient qu'il se persuade d'être mêlé à la disparition de sa fille. On peut comprendre l'état d'esprit de ce personnage, qui laisse ses actes l'emporter sur sa raison, en optant pour une méthode de cow-boy, et, bien que ce soit discutable, ce n'est pas cela qui dérange, mais plutôt le virage que prend le film en condamnant le père de famille pour ce qu'il a fait.

Revenons maintenant au défaut principal du long métrage: le clan des méchants. Leur écriture est bâclée et nous ballade sur des fausses pistes grosses comme les câbles du Golden Gate Bridge de San Francisco, pour finir par nous asséner une histoire de vengeance complètement vide de sens et à mille lieues de toute crédibilité. D'ailleurs, Melissa Leo a toutes les peines du monde à faire vivre un personnage de vieille tante ravagée indéfendable. On se retrouve en face d'une oeuvre qui aurait pu être remarquable, mais qui sombre dans le ridicule et surtout le risible.

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