Critique

Lords Of Salem

 
Critique par |
POUR

Après son inaugurale Maison des 1000 morts, Rob Zombie livrait en 2005 son chef d'oeuvre, The devil's rejects, l'épopée sanglante d'une bande de fous furieux que le réalisateur parvenait contre toute attente à nous rendre attachants, notamment lors d'une séquence finale bouleversante au son du Free Bird de Lynyrd Skynyrd. Vint ensuite sa double relecture très intéressante bien qu'imparfaite du Halloween de Carpenter, où l'on percevait déjà une propension à s'écarter des voies habituelles de la narration pour se diriger vers une approche beaucoup plus sensitive du médium. Zombie confirme cette orientation avec The Lords of Salem, véritable trip hallucinatoire traversé de visions cauchemardesques qui marque clairement le choix de son metteur en scène de creuser un sillon de plus en plus personnel, quitte à s'attirer l'incompréhension de ses fans.
L'argument du film ? De nos jours, une DJ (toujours craquante Sheri Moon Zombie) reçoit un beau matin un colis contenant un mystérieux vinyle. En l'écoutant, elle est prise d'un malaise qui sera rapidement suivi d'hallucinations. Il apparaîtra progressivement que ce disque étrange est intimement lié à l'exécution d'un groupe de sorcières au XVIIème siècle (les lords of Salem du titre) cherchant à obtenir vengeance aujourd'hui.
D'entrée, le film intrigue par son rythme lent, proche d'une mélopée hypnotique, marquant du sceau de la pure sensation physique et visuelle un cahier des charges s'éloignant clairement du film d'horreur mainstream. Parcouru de plans tout droits sortis des enfers dont la composition se rapproche de certaines illustrations de Gustave Doré, notamment sur L'Enfer de Dante, le film propose une succession de séquences visuellement splendides qui participent de l'hypnose exercée sur le spectateur: à ce titre, les effets du mystérieux disque sur l'héroïne trouvent un écho troublant sur notre propre ressenti face au film. Fasciné par la corruption du quotidien par le mal, le réalisateur excelle à faire glisser progressivement un cadre ordinaire vers le fantastique le plus absolu, sans que cela ne nous paraisse forcé. A ce titre, on regrettera simplement l'entrée en scène du personnage de l'écrivain décidant d'enquêter sur le mystérieux disque, ce protagoniste ne servant au final qu'à expliquer concrètement ce qui était par ailleurs signifié par la seule puissance des images et les différents flashes back parsemant le métrage.
En permanence à la limite du kitch ou du grotesque (certaines images pourraient prêter à sourire, mais n'y parviennent bien heureusement jamais, provoquant au contraire un malaise persistant), The Lords of Salem fait tantôt songer à David Lynch, tantôt à Ken Russel, mais parvient bien vite à se dégager de ces références pour constituer au final une expérience totalement personnelle, grisante et captivante, qui marque la singularité et le  jusqu'au-boutisme de son auteur. C'est un euphémisme de dire que l'on attend son prochain film avec impatience.

En savoir plus sur Laurent Scherlen

Dans le même sujet...

 

Lords Of Salem

Critique par |