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La Danse de la réalité

 
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Au travers du récit de son enfance, Alejandro Jodorowsky signe une oeuvre d'art d'une richesse exceptionnelle. Son film est un feu d'artifice à tous les niveaux. Il tourne en famille avec ses fils devant la caméra et sur le lieu même de sa jeunesse, Tocopilla, un coin de terre perdu du Chili.

L'existence du jeune Alejandro comporte tellement d'événements extraordinaires qu'elle en devient romanesque, surtout que le réalisateur opte pour le point de vue de l'enfant et quelques interventions parfaitement choisies de son futur d'adulte, incarné par Alejandro Jodorowsky en personne. Très vite, on ne sait plus sur quel pied danser. Il y a des faits et on les distingue, mais ils sont racontés  par le regard d'un enfant qui a toujours cherché à s'évader dans l'imaginaire. On se retrouve avec un film à nul autre pareil qui empile génialement des séquences d'anthologie, tantôt poétiques, tantôt drôles, tantôt cauchemardesques, tantôt brutales, mais jamais désespérées.

La violence fait parti de la vie du jeune Alejandro qui côtoie des mineurs estropiés, suite à un accident de travail, devenus mendiants. Ses yeux et son esprit sont régulièrement témoins d'horreurs, mais il les transcende et en fait des moments en apesanteur, des évasions qui deviennent des rêves. La mère, passionnée d'art lyrique, ne s'exprime dans le film qu'en chantant des arias.

La Danse de la réalité regorge de trouvailles toutes plus folles les unes que les autres. Contrairement à certains qui n'utilisent la provocation que pour faire ce qu'il est malheureusement convenu d'appeler le buzz, Jodorowsky a recours à l'audace. Il ose des scènes d'une effronterie que l'on croyait perdue en appelant un chat un chat, mais il le fait dans un univers ou toutes les images sont permises. Il réussit même à rendre le sexe truculent, en lui ôtant son lourd passé de sérieux, d'interdit, d'honteux, de scandaleux.

Jodorowsky est un véritable artiste qui se permet de raconter sa propre vie comme il l'entend sans ne jamais se brider à respecter des règles d'ordre économique ou de bienséance. Il se livre de manière crue, quitte à mettre mal à l'aise par moment, mais c'est là l'apanage du grand art: déstabiliser l'auditoire de ces petites habitudes de confort. On ressort de la projection avec des étincelles dans les yeux et des réflexions fortes plein la tête ; on se dit que l'on en a appris un peu plus sur l'humanité, ses joies, ses espoirs, ses craintes, ses folies, et surtout sa capacité d'imagination sans fin.

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