Critique

Pacific Rim

 
Critique par |

Amoureux des créatures et monstres en tous genres (Mimic, Hellboy ou Le Labyrinthe de Pan sont là pour en témoigner), Guillermo del Toro nous offre avec Pacific Rim une déclaration d'amour aux kaïjus, ces monstres issus du cinéma japonais dont Godzilla est le plus célèbre représentant (le film est d'ailleurs dédié non seulement à Ray Harryhausen, créateur du plus impressionnant bestiaire de l'histoire du cinéma, mais également à Ishiro Honda, réalisateur de Godzilla).

Le film débute par un prologue d'une immersion immédiate nous exposant la situation en voix off, à travers un montage et un découpage d'une fluidité et d'une clareté exemplaires mettant d'emblée sur la table les enjeux de l'histoire. Ainsi, nous apprenons qu'une faille sous-marine en plein océan Pacifique a libéré des créatures issues d'une autre dimension, ces dernières s'étant déversées sur notre monde, semant le chaos et la mort. Pour faire face à ces monstres lovecratiens grands comme des immeubles, les gouvernements ont mis au point les jaegers, immenses mechas commandés par des pilotes fonctionnant en binômes, dont la tâche est de détruire l'agresseur. Au bout d'un premier quart d'heure à couper le souffle, apparaît le titre "Pacific Rim", court instant de répit avant que le spectacle ne reprenne de plus belle.

Nourri sur les réseaux sociaux de fantasmes et d'attentes propres à provoquer une inévitable déception à la découverte du film (l'un des aspects pervers du net), Pacific Rim réussit au contraire l'exploit de ne pas décevoir son public, à une petite exception près (nous y reviendrons). Ainsi, c'est à une véritable orgie visuelle et à des scènes d'action toutes plus spectaculaires les unes que les autres que nous convie le réalisateur mexicain. Parvenant à traduire à l'écran l'aspect titanesque de ses protagonistes d'une façon totalement inédite (le spectateur se sent véritablement comme une fourmi au milieu de géants), Del Toro offre des séquences d'action homériques à la brutalité palpable dont la puissance jaillit littéralement de l'écran. Doté d'une mise en scène à la fluidité remarquable, Pacific Rim joue par ailleurs de façon très habile et pertinente avec les notions d'échelle, les plans faisant apparaître kaïjus et jaegers étant ainsi bien souvent mis en relation avec des éléments plus petits décuplant le gigantisme des monstres et des mechas (poissons, humains, bateaux, voitures, hélicoptères, etc).

Puisant son inspiration aussi bien chez Lovecraft que dans le manga Evangelion et bien entendu dans le kaïju eiga (film de monstres japonais), Guillermo del Toro mêle l'intime au spectaculaire dans une démarche qui n'est pas sans rappeler le David Lean de Docteur Jivago ou de Lawrence d'Arabie. Ainsi, les relations entre les personnages (notamment Mako et Raleigh) sont au coeur de l'aspect émotionnel du film et de la motivation des protagonistes. Et c'est là que le bât blesse. Car Guillermo del Toro, malgré tout le potentiel émotionnel que possédait son histoire, ne parvient jamais à véritablement nous émouvoir, les personnages ne laissant pas leurs coeurs ni leurs âmes se dévoiler suffisamment pour toucher les nôtres. Une frustration d'autant plus grande que le réalisateur était parvenu notamment dans Le Labyrinthe de Pan ou Hellboy 2 à nous émouvoir aux larmes. On regrettera par exemple que l'enfance de Mako ou encore l'idée de relier les esprits des pilotes des jaegers n'aient pas été mieux exploitées, car elles étaient la source d'une émotion propre à nous faire chavirer.

Hormis ce bémol auquel ne nous avait pas habitué Del Toro, c'est à un spectacle de chaque instant que nous invite le réalisateur, un blockbuster d'une puissance hors du commun, doté d'images à la puissance d'évocation immédiate qui nous clouent à notre siège deux heures durant, nous laissant hagards et langue pendante, les yeux remplis d'étoiles. Preuve supplémentaire que le cinéma de divertissement possède une noblesse et un caractère salvateur qu'il ne faut avoir de cesse de souligner.

En savoir plus sur Laurent Scherlen

CONCOURS Gagne un DVD ou bluray de Bohemian Rapsody

Participer