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L'Inconnu du lac

 
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Projeté à Cannes dans la catégorie « Un certain regard », L'inconnu du lac nous conte une histoire d'amour qui surgit au coeur d'un lieu paradisiaque, une petite plage sauvage bordant un lac. C'est dans ce coin de nature idyllique, sous un soleil toujours au zénith, que le drame va côtoyer le plaisir. Car la quiétude du lieu n'est qu'apparente. Alors que des corps dénudés se prélassent au soleil face à l'eau calme et insondable, des rencontres homosexuelles ont lieu dans les buissons qui prolongent le cadre enchanteur. Entre deux baignades, on se repose, on bouquine, mais les yeux n'ont de cesse de se lever pour reluquer tel ou tel nouveau venu. C'est là que Franck vient passer ses journées d'été, bien loin des plages bondées par les familles. Face à cette gouille d'eau inquiétante – une anguille apprécierait s'y balader -, des liens charnels, amicaux et parfois amoureux se créent. Par malheur pour Franck, l'homme qui l'attire a sa part d'ombre. Et celui-ci la connaît trop bien pour l'avoir vue se manifester, bouleversant des eaux jusque-là restées si tranquilles.

L'ambiance « safari » qui règne dans le bois, où proie et prédateur échangent tour à tour leur rôle, contribue peu à peu à mettre en place un certain malaise ; certes, beaucoup attribueraient cet état aux scènes de sexe filmées assez crûment. Bien plus que cela, le réalisateur joue admirablement avec nos nerfs au moyen de la relation triangulaire – entre désir, amour et amitié - qui se tisse dans une tension de plus en plus palpable. L'Eden apparent que baigne un soleil de plomb n'est même par moments plus vraiment enviable. Or on se laisse entraîner délicieusement vers l'inéluctable dénouement. Comme Franck qui, aveuglé par ses désirs, n'écoute plus trop sa raison et agit sous l'égide de ses sentiments, au mépris du danger.

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