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Chimères

 
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La compétition du Nifff 2013 s'ouvre avec le premier long métrage d'Olivier Béguin, Chimères, un drame amoureux qui lorgne du côté des Carpates. Avec ce film, Olivier Béguin et son équipe prouvent qu'il ne suffit pas d'avoir un budget colossal pour venir à bout d'un projet cinématographique, mais de savoir gérer celui que l'on à sa disposition.

Il nous livre une oeuvre cohérente loin de toutes les prétentions et de tous les clichés qui empoisonnent parfois ce genre de production: on salue bien bas son audace. Et ce n'était pas évident car il s'attaque avec son co-scénariste, Colin Vettier, à un mythe du fantastique mainte fois exploité. Sans volonté de vouloir dynamiter l'Imagerie qui entoure cette légende ou de chercher à vouloir la rajeunir comme à Hollywood, le scénario de Chimères se sert astucieusement des fondements du mythe en les actualisant, sans ne jamais les dénaturer: la cause du mal dans Chimères relève d'une brillante idée d'écriture. Ce premier long métrage est un très bel alliage du fond et de la forme. L'un et l'autre se répondent mutuellement dans une très belle harmonie et ne cherchent jamais à prendre le dessus. Les nombreux effets du film s'intègrent à chaque fois à l'intrigue en la faisant évoluer et ils enrichissent les personnages. Pour Olivier Béguin qui considère, à juste titre La Mouche de David Cronenberg comme l'un des plus beaux films d'amour, il était naturel qu'il nous gratifie d'une histoire romantique dans le plus noble sens du terme avec toute la tragédie que cela implique, emballant le tout dans une atmosphère fantastique du plus bon alois.

C'est Yannick Rosset qui a la lourde tâche d'incarner Alex en nous faisant part de sa transformation et de la souffrance qui en découle. On sent parfaitement la peur que sa nouvelle condition lui inspire: il essaie de l'affronter tout en sachant pertinemment que le combat ne sera pas sans conséquences sur lui et son couple. Dans le rôle de Livia, Yasna Kohoutova campe un personnage très fort qui se trouve aux prises avec un mal incurable. Chimères lui offre un rôle très musclé pour lequel elle s'est intensivement préparée physiquement. Elle est juste dans l'évolution de Livia, la transformant radicalement en outil de vengeance.

La vengeance est aussi un des thèmes chers à Olivier Béguin. Il parvient ici à en faire un ressort dramatique qui sera la clef de voûte du romantisme que met en avant l'intrigue. Faut-il y voir une sorte de fatalisme? Certes Chimères possède une noirceur indéniable, mais il possède toutes les qualités d'un grand drame amoureux que l'on pourrait ramener à l'ancestrale thème de la lutte sans merci entre Eros et Thanatos: Olivier Béguin y apporte sa modeste mais indispensable pierre.

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