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Only God Forgives

 
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CONTRE

Avec son nouveau film, Nicolas Winding Refn s'interroge sur le bien et le mal: vaste question existentielle à laquelle il propose une réponse pour le moins sournoise. Il y a malheureusement plusieurs films dans ce Only God Frogives et entre autres, un polar caricatural par ses personnages et ses situations, une réflexion sur la filiation qui sombre aussi dans l'éxagération, un film d'action hommage au cinéma asiatique qui abuse de ses astuces de mise en scène, avec surtout l'usage systématique du ralenti. Et comme bien souvent dans le cercle populaire de cette cinématographie, un peu vite surestimée par une nouvelle génération de cinéphiles, Nicolas Winding Refn tombe très vite dans l'énormité et la surenchère, signant du coup une oeuvre esthétisante au lieu d'être esthétique, bourrée de tics agaçants.

Sa Famille de maffieux américains oeuvrant à Bangkok tient presque de la parodie tellement il appuie sur le clou pour nous faire comprendre sa veulerie, elle est à l'image de Kristin Scott Thomas qui en fait beaucoup trop: extrême. On sent que le cinéaste s'essaie à la tragédie grecque, mais cela ne prend pas du tout. Il se perd dans une longue réflexion métaphysique sur la violence qui tient plus de l'intellectualisme de salon, que d'une oeuvre digne de ce nom.

Il essaie aussi de nous plonger dans l'esprit torturé du fils incarné par Ryan Gosling grâce à une métaphore de longs couloirs disparaissant dans la pénombre, mais là encore, le soufflé retombe vite, tellement on a l'impression de se retrouver dans Shining de Stanley Kubrick, et Cliff Martinez en rajoute une couche en rappelant par sa composition les univers de Ligeti ou Penderecki. Du coup, le film perd de sa personnalité et devient beaucoup trop référentiel, et la référence peut devenir le pire ennemi de la créativité.

Il reste le personnage interprété par Vithaya Pansringarm, celui-là même qui fascine le spectateur. Et on parle bien de fascination et non d'empathie. Malgré tous les artifices pour nous faire croire que cet homme mystérieux pourrait être une créature surnaturelle, il s'agit bel est bien d'un être vivant ancré dans le réel, responsable du bien-être d'une petite fille. Ce personnage passionne car il représente la réponse que le bien donne au mal. Et c'est un peu là que le bât blesse, car sa méthode consiste à utiliser exactement la même arme que son ennemi: la violence expéditive.

Peut-on parler d'un ange exterminateur comme par exemple dans les films de Jodorowsky à qui Only God Forgives est dédié? Pas vraiment car contrairement au cinéaste chilien qui fait de ces figures centrales des êtres relativement égoïstes, solitaires, à la limite du fantastique, le Danois Refn fait du sien, un homme avec un statut social et qui agit pour le bien de la communauté qui le vénère. Et c'est là que le film devient sournois car il laisse clairement sous-entendre que la réponse et la question existentielles qui ont donné naissance à ce long métrage trop prétentieux se résument à un seul mot: violence. De là, à dire que seule la violence peut combattre la violence, il y a un pas que le film, sans pour autant le marteler, franchit très clairement.

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