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Only God Forgives

 
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POUR

Autant le dire tout de suite: ceux qui s'attendent à une suite spirituelle de Drive resteront deçus. Il a beau avoir été promu comme tel, vu la présence de Ryan Gosling dans le rôle principal, l'accent mis sur la représentation de la violence et la première mondiale dans le cadre de la compétition officielle du Festival de Cannes, mais le nouveau film de Nicolas Winding Refn est quelque chose de différent. Cela explique peut-être les réactions négatives d'une partie de la presse internationale lors de la projection cannoise: à la place d'un nouveau Drive, ils ont eu droit à Only God Forgives, descendant d'un autre film "bizarre" de Refn, à savoir Valhalla Rising.

Gosling campe toujours un criminel silencieux, mais cette fois dans le milieu des combats clandestins à Bangkok plutôt que celui des braquages en voiture à Los Angeles. Le récit, si tel on peut le définir, est déclenché lorsque le frère de Julian (le personnage de Gosling) est brutalement tué avec la complicité de la police locale. Peu importe qu'il ait violé et tué une jeune fille; selon sa mère (Kristin Scott Thomas), Julian doit venger la mort de son ainé, ce qui n'est pas facile lorsqu'on est confrontés à un flic (Vithaya Pasringarm) qui s'amuse à mutiler ses victimes avec une katana...

En lisant simplement le synopsis, il serait légitime de croire que la structure de ce film ne diffère guère de celle de Drive. Pourtant, ce dernier était inspiré de l'oeuvre de Walter Hill et Martin Scorsese, tandis qu'Only God Forgives a d'autres origines: le générique mentionne explicitement Alejandro Jodorowsky, auquel le film est dédié, et des noms tels que David Lynch ou Stanley Kubrick sont évoqués dans l'utilisation de la musique, la précision du cadrage ou encore la présence primaire des scènes de rêve, qui prennent le dessus par rapport à la narration classique.. Kubrick avait d'ailleurs postulé que la vision d'un film était une expérience comparable à celle d'un rêve. Dans le cas de Refn, Only God Forgives est l'équivalent cinématographique d'un cauchemar: sombre, violent et difficile à oublier.

Il s'agit d'une oeuvre radicale et frustrante, certes, mais ses défauts apparents sont en fait un élément essentiel de sa séduction envers le spectateur. Sous son extérieur froid et impénétrable se cachent une réflexion intéressante sur la violence et un portrait troublant de la famille américaine, véhiculés à travers un voyage onirique dans les coins les plus sombres d'un pays, de l'esprit humain et du septième art. Certains aimeront, d'autres vont détester: quelle que soit la réaction du public, il est sûr que le cinéma de Refn ne laisse jamais indifférent.   

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