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Spring Breakers

 
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POUR

Lors de sa première mondiale à la Mostra de Venise en septembre 2012, Spring Breakers a marqué l'esprit d'une grande partie des participants comme étant la seule véritable surprise dans une compétition certes pas inintéressante, puisqu'elle voyait la présence de Paul Thomas Anderson, Terrence Malick et Kim Ki-duk entre autres, mais assez prévisible et conventionnelle au niveau du contenu. Le dernier long-métrage de Harmony Korine, ancien scénariste des films de Larry Clark, était donc une nouveauté foudroyante, qui n'aura pas séduit le jury présidé par Michael Mann mais reste une des oeuvres marquantes de ces derniers mois.

Ayant traité des sujets très variés et bizarres, Korine a choisi, en l'occurrence, un récit qui a l'air beaucoup plus "classique": les étudiants américains en vacances. Le titre évoque directement le spring break, les vacances de printemps, qui dans l'imaginaire états-unien relèvent d'une certaine tendance fêtarde et excessive. C'est bien le cas pour les quatres protagonistes, des jeunes filles qui, n'ayant pas les moyens pour se payer ces vacances, décident de braquer un fast-food pour pouvoir partir en Floride. Là-bas, ils font la connaissance d'un type assez singulier, qui se fait appeler Alien (James Franco). DJ, toxicomane et gangster, il vénère le Scarface version Al Pacino et finit par initier les quatre filles à un monde plus violent et "fun" que ce qu'elles connaissent dans la vie de tous les jours.

La mise en scène mélange le sang, les ralentis et la répétition pour restituer le plus effectivement possible le côté absolument déjanté de l'expérience vécue par les protagonistes, tout en y ajoutant un humour loufoque et fascinant, notamment lors d'une séquence, déjà culte, où Franco, méconnaissable et en pleine forme, séduit ses nouvelles partenaires en chantant du Britney Spears. La déconstruction des clichés des films pour adolescents s'opère aussi, de manière magistrale, dans le casting de trois des jeunes vedettes: jusqu'à présent, Vanessa Hudgens et Selena Gomez se sont faites connaître comme visages des chaînes TV de Disney, aussi bien que pour leurs relations amoureuses avec Zac Efron et Justin Bieber, tandis qu'Ashley Benson tient un rôle important dans la série Pretty Little Liars, elle aussi destinée à un public différent de celui visé par le réalisateur. La quatrième, Rachel Korine, est l'épouse du cinéaste, donc un choix moins étonnant, mais également réussi. D'ailleurs, une des images les plus mémorables de la Mostra de Venise était justement liée aux fans des actrices en question: une heure avant la projection officielle du film, le Palazzo del Cinema était entouré par des adolescentes qui s'étaient déplacées uniquement pour voir leurs idoles en chair et en os. On s'amuse bien à imaginer ce qu'elles auraient pensé si elles avaient eu l'occasion de voir le film...

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