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Les Misérables

 
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Alors qu'il existe plusieurs adaptations traditionnelles du roman de Victor Hugo, il aura fallu presque une trentaine d'années pour que le célèbre musical du West End/Broadway arrive enfin à l'écran. Une véritable odyssée productive qui n'est pas dépourvue d'une certaine ressemblance avec les mésaventures du personnage principal, Jean Valjean (incarné par Hugh Jackman).

Pour transposer au cinéma le conflit entre Valjean et Javert (Russell Crowe), le triangle amoureux centré autour de Cosette (Amanda Seyfried), Marius (Eddie Redmayne) et Eponine (Samantha Barks), la révolte estudiantine de 1832 et les souffrances de Fantine (Anne Hathaway), le studio Universal a fait confiance au cinéaste britannique Tom Hooper, oscarisé il y a deux ans pour Le discours d'un roi. L'approche de Hooper, au-delà d'une identité visuelle très forte pour le Paris d'il y a deux siècles, comporte surtout deux décisions cruciales, à la fois louables et critiquables: d'un côté, le film, tout comme son modèle théâtral, est presque entièrement chanté, avec juste une dizaine de minutes de "vrais" dialogues; de l'autre, tous les acteurs ont dû chanter pour de vrai pendant le tournage, en renonçant à la pratique du playback qui est la norme pour les musicals sur grand écran.

Or, cette technique n'est certainement pas sans défauts: lors de la sortie du film aux Etats-Unis, plusieurs critiques ont dit des choses pas très gentilles sur la prestation de Russell Crowe qui, n'ayant pas la préparation musicale de ses collègues, se retrouve parfois en difficulté avec certains morceaux. Oui, il n'est de loin le meilleur chanteur du groupe, mais il est également vrai que les contraintes du style de tournage de Hooper lui permettent de donner plus d'émotion à son rôle que s'il avait à faire avec la méthode traditionnelle du playback. Voilà, en effet, la vraie force de cette version des Misérables: qu'il s'agisse de la débauche de Thénardier (Sacha Baron Cohen) et sa femme (Helena Bonham Carter), de l'agonie de Fantine ou de l'évolution sociale de Valjean, leurs mots chantés ne sont pas un artifice, mais font partie de l'âme du récit. C'est un spectacle majestueux et tragique, d'une beauté touchante.

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