Critique

Cyanure

 
Critique par |

Après son splendide Coeur Animal, Séverine Cornamusaz déboule dans les salles romandes avec son deuxième opus, Cyanure, un film inclassable très riche et surtout fait dans une totale liberté de ton. Elle nous propose de partager un instant crucial de la vie du jeune Achille et de faire la connaissance de l'univers imaginaire de ce dernier. Elle mêle astucieusement différents genres comme le polar, le manga animé, le western, sans ne jamais perdre de vue la trame principale de son histoire. Elle nous offre une série d'échantillons de ce que peut-être la vie avec ses haut et ses bas, d'une manière très sincère.

La lauréate du Quartz de la Meilleure Fiction nous montre une nouvelle fois qu'elle maîtrise très bien la direction d'acteur. Son casting est un sans faute et son travail avec les deux plus jeunes comédiens est remarquable. Alexandre Etzlinger porte le film sur ses épaules de manière extraordinaire et on espère le revoir très vite. Sabine Timoteo mérite amplement sa nomination au Quartz de la Meilleure Actrice. Elle donne à son personnage de mère, force et fragilité, en variant de l'une à l'autre en un claquement de doigt. A l'opposé, Roy Dupuis reste le même du début à la fin du film et c'est un des points du scénario qui l'a motivé.

Séverine Cornamusaz est libre, elle ne cherche jamais à répondre aux attentes de son public dans le seul but de vouloir le satisfaire. Elle préfère nous imposer ses choix et signe par là un film que l'on pourrait qualifier d'anti-marketing. Et c'est sans doute cela que l'on aime dans le cinéma de Séverine Cornamusaz: il regorge d'audace, mais ce n'est jamais de la poudre aux yeux. Quand elle imagine une scène où la petite famille joue à se pourchasser en tenue d'Eve et d'Adam, elle montre des corps nus sans cadrage pudibond en les filmant de pieds. Elle évoque la drogue, mais ne se pose jamais en moralisatrice. Elle réussit un film qu'elle qualifie elle-même de pop, à prendre non pas comme l'abréviation de populaire, mais comme du cinéma pop, à l'instar de la musique pop, une influence de plusieurs genres qui finit par trouver sa propre personnalité. Si l'on se réfère à vos notes, chers internautes de clap.ch, elle a gagné son pari.

En savoir plus sur Remy Dewarrat

CONCOURS Gagnez un pack de goodies pour "Goldfinch"

Participer