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Lincoln

 
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Commençons par l’inévitable : oui, Daniel Day-Lewis est, encore une fois, époustouflant, et mériterait bien l’Oscar du meilleur acteur auquel il a été nommé. Comme toujours dans sa carrière, avec l’exception partielle de Nine, l’acteur irlando-anglais disparait totalement dans la peau de son personnage, et cette métamorphose n’est qu’une des raisons pour voir Lincoln, le film monumental que Steven Spielberg a consacré à celui qui reste, dans l’opinion générale, le meilleur Président de l’histoire des Etats-Unis.

Le projet, comme le savent peut-être les admirateurs du cinéaste, était un rêve inachevé depuis longtemps, dont la réalisation a été repoussée plusieurs fois à cause de modifications du scénario et même un refus initial de Day-Lewis, qui devait être, à un moment, remplacé par Liam Neeson. Si le film est finalement arrivé dans les salles, c’est grâce à la patience de Spielberg, qui a attendu que son acteur principal change d’avis et que la bonne approche narrative soit trouvée. Ce dernier élément est lié à la participation du dramaturge Tony Kushner, déjà coscénariste de Munich, qui a écrit un biopic plutôt conventionnel avant que lui et le réalisateur aient compris qu’il fallait se concentrer sur un aspect spécifique de la vie d’Abraham Lincoln : voilà donc que sa jeunesse, racontée à l’écran par John Ford, est absente, tout comme la Guerre de Sécession, évoquée et brièvement montrée au tout début du récit.

Le film se focalise sur la dernière période du deuxième mandat présidentiel de Lincoln, alors que la guerre était en train de finir. Pourtant, avant de signer un accord de paix, le Président décide d’accorder la priorité à sa plus grande ambition : l’abolition de l’esclavage. Pour cela, il doit faire approuver le treizième amendement de la Constitution par le Sénat, ce qui n’est pas facile quand même son propre parti est, dans la plupart des cas, favorable à l’atrocité qu’il songe à éliminer. Troublé sur le plan professionnel et privé, Lincoln doit recourir à des méthodes pas strictement éthiques pour parachever son projet.

Avec le mauvais metteur en scène, Lincoln aurait pu être une pièce de théâtre sans aucun vrai intérêt cinématographique, les 150 minutes du films étant presque entièrement occupées par de longues scènes de dialogues, sur un sujet d’ailleurs potentiellement « ennuyeux » comme la politique. Mais tel un David Fincher qui, comme l’a dit Aaron Sorkin, filme les conversations comme si elles étaient des braquages, Spielberg donne à ces débats une énergie inattendue. Sans oublier l’humour, très présent tout au long du film, avec un absurdisme, lors des scènes centrées sur le Sénat, qui rappelle l’univers des frères Coen. En donnant ces mots à un formidable groupe d’acteurs, qui inclut Tommy Lee Jones, Sally Field, Joseph Gordon-Levitt et Michael Stuhlbarg, le réalisateur de La liste de Schindler et Il faut sauver le soldat Ryan a trouvé un nouveau mode de représentation pour les récits historiques.

Lincoln est un grand petit film sur un moment crucial de l’histoire américaine, dont le message reste très actuel de nos jours, ce qui explique peut-être son grand succès, assez inattendu, au box-office USA. Très théorique, il arrive néanmoins à être aussi passionnant que le plus « pratique » Django Unchained de Tarantino. Bref, de quoi faire un bon double programme au cinéma. 

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