Critique

De l’autre côté du Périph

 
Critique par |

Ceux qui nous lisent régulièrement savent déjà qu’on a du mal à supporter une certaine tendance de la comédie française, plus précisément lorsque celle-ci essaye de s’approprier un style comique à l’américaine sans y réussir, comme le montre un cinéaste tel que Pascal Chaumeil avec L’arnacoeur ou Un plan parfait. Pourtant, il existe des exceptions à cette règle. La preuve : De l’autre côté du périph, une des plus belle surprises de cette fin d’année.

La formule est celle du buddy movie, qui oppose donc deux individus très différents qui sont forcés à travailler ensemble. Il s’agit, en l’occurrence, d’Ousmane Diakité (Omar Sy) et François Monge (Laurent Lafitte). L’un fait partie de la section financière de Bobigny, l’autre de la police criminelle. Lorsque le cadavre de la femme du premier patron de France est retrouvé à Bobigny, les deux flics vont devoir faire équipe. Le problème, pour l’ambitieux Monge au moins, c’est que le style très « banlieue » de son collègue, pas très bien vu dans la capitale, pourrait lui couter la promotion. Ousmane, de son côté, est persuadé que l’enquête soit liée à un complot plus large auquel il dédie toutes ses énergies depuis des mois. Les deux arriveront-ils à clore l’affaire sans s’entretuer ?

Contrairement à d’autres films français qui s’inspirent de modèles américains, De l’autre côté du périph ne cache jamais ses sources : si la toute première séquence était suffisante pour faire le lien avec Le flic de Beverly Hills, une des grandes références dans la typologie du buddy movie, l’hommage devient plus explicite, et plus amusant, quand Ousmane affirme ouvertement qu’Axel Foley, le personnage d’Eddie Murphy, est une inspiration pour lui, jusqu’à ce qu’il utilise la musique du film comme signal d’appel sur son portable. Et lorsque Monge jette un œil à la collection DVD du collègue, il cite juste un titre, emblématique : l’intégrale de L’arme fatale. Le parisien, lui, préfère Le professionnel avec Jean-Paul Belmondo, et le contraste cinéphile devient le miroir parfait de l’opposition entre les styles de jeu des deux comédiens, ingrédient-clé d’un produit dont la réussite ne se base pas sur l’originalité du scénario, très fidèle à la formule classique du genre, mais sur l’alchimie entre Lafitte, plus « académique », et Sy, plus libre et spontané. Ceux qui attendent toujours un quatrième épisode du Flic de Beverly Hills auront de quoi se réjouir.

En savoir plus sur Max Borg