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L'Odyssée de Pi

 
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La notion de roman impossible à adapter à l’écran a-t-elle encore un sens ? On se pose cette question puisque plusieurs exemples de tels textes ont été adaptés ces dernières années, et avec pas mal de succès. Rien qu’en 2012, on a eu droit, il y a sept mois, au sublime Cosmopolis de David Cronenberg, et voilà que, à la fin de l’année, on peut admirer la nouvelle preuve du génie narratif et visuel du cinéaste asiatique Ang Lee, qui revient sur nos écrans avec L’odyssée de Pi, tiré du livre éponyme, et soi-disant inadaptable, de Yann Martel.

En fait, le projet de transformer la prose de Martel en film a subi des nombreux retards en raison des réalisateurs qui ont été séduits par l’idée pour l’abandonner par la suite : M. Night Shyamalan, Alfonso Cuaròn et Jean-Pierre Jeunet rentrent dans cette catégorie. Leurs doutes sur la réussite du projet sont tout à fait compréhensibles : comment rendre passionnante, pendant deux heures, l’histoire d’un naufrage où le seul survivant, le jeune Pi (Suraj Sharma), interagit avec un tigre ? Comment montrer cette relation de manière convaincante, sachant que l’utilisation d’un vrai animal serait presque impossible ? Et comment garder, sans les banaliser, les discours de l’écrivain autour de la vie, la religion et la philosophie ? C’est le défi multiple relevé par Lee, dont l’amour pour les projets difficiles est évident dans Hulk ou Brokeback Mountain. Il a réussi dans cette entreprise grâce à deux éléments en particulier : l’évolution des effets spéciaux numériques et l’idée de tourner le film en 3D.

Pour ce qui concerne le premier élément, cela a permis de donner vie à un tigre en images de synthèse qui, à l’instar d’un Gollum ou d’un Hulk, devient un véritable personnage, aussi charismatique que l’humain Pi, qu’il s’agisse de la version jeune ou âgée (Irrfan Khan). C’est leur relation qui donne à Lee et au scénariste David Magee la possibilité d’explorer les thèmes centraux du roman, à savoir la foi, le destin et le courage, avec une honnêteté touchante. Quant au relief, il accroit le côté plus ouvertement fantastique de l’histoire, tout en gardant un statut qui va au-delà du simple instrument d’attraction, en ajoutant une profondeur non seulement aux images mais aussi au message principal du film.

L’odyssée de Pi est donc un récit incroyablement beau, au niveau narratif aussi bien que visuel : accessible, séduisant et très intelligent en même temps, c’est une aventure peut-être moins spectaculaire que ce qu’on voit dans Le Hobbit de Peter Jackson, mais pas pour autant moins enrichissante. On craignait, vu les résultats de Lust, Caution et Taking Woodstock, qu’Ang Lee s’était égaré. C’est donc très apte qu’il ait choisi un sujet pareil pour renforcer la foi des cinéphiles.

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