Critique

Les bêtes du sud sauvage

 
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Là où Terrence Malick échoua avec The tree of life, Benh Zeitlin livre le chef d'oeuvre de cette fin d'année: Les bêtes du sud sauvage. Véritable expérience tout à la fois sensitive et philosophique (la seconde étant créée par la première), le film de Zeitlin s'inscrit comme la plus aboutie des réflexions sur le rapport de l'homme à la nature jamais portées sur un écran. A travers l'histoire de cette petite fille en proie aux éléments (la tempête Katrina), à la maladie de son père, à l'absence de sa mère et à une condition sociale des plus modestes, le réalisateur aurait facilement pu tomber dans la sensiblerie et le pathos. Il n'en est rien. Au contraire, dans Les bêtes du sud sauvage, tout est affaire de dignité, de fierté, de lutte et d'acceptation de sa condition, aussi difficile soit-elle. 

Car il est question d'apprentissage dans Les bêtes du sud sauvage. Apprentissage de la vie et de la mort, mais aussi du rapport à son environnement, et à sa place dans l'univers. A cet égard, l'une des plus grandes réussites du film réside dans sa capacité à faire physiquement ressentir la place de l'homme (ce petit rien) dans le cosmos (ce grand tout). Et de finalement parvenir à faire prendre conscience que l'un ne fonctionne pas sans l'autre, procédant in fine à un renversement des certitudes communément admises en la matière. Ainsi, le personnage de Hushpuppy (hallucinante Quvenzhané Wallis, enfant de 5 ans à la puissance de jeu phénoménale) répétera à plusieurs reprises que l'univers est composé de petits morceaux, et qu'il suffit que l'un d'eux ne fonctionne plus, pour que tout s'écroule.

Par ailleurs, l'animisme dans lequel baigne le film procède d'une représentation totalement terrienne, charnelle, presque glaiseuse, loin d'une approche purement mystique que le propos aurait pu engendrer. Ainsi, la boue, les animaux, les chairs, sont  exposées en gros plan, véritables instantanés d'une nature bien concrète dont l'âme ne saurait être dissociée du corps. La prise de conscience de Hushpuppy de sa place dans l'univers ne se fera ainsi que par le biais d'un rapport bien réel à son environnement. Et c'est lors d'une scène finale poignante où la jeune héroïne réussira à adopter la nature représentée métaphoriquement par trois aurochs que le chemin parcouru trouvera son aboutissement.

Oeuvre d'une puissance phénoménale, d'une émotion et d'une intelligence rarement atteintes au sein d'un même ouvrage, Les bêtes du sud sauvage s'impose comme l'un des plus grands films de ces dernières années, et une preuve supplémentaire que le cinéma, par la force de sa mise en scène et l'intelligence de son propos, peut parvenir en l'espace d'1h30 à changer notre perception du monde. Chapeau bas.

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