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The Impossible

 
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Au cinéma, entre émouvoir et larmoyer, la ligne est fine, et le jeu d'équilibriste nécessite une dextérité de chaque instant. Juan Antonio Bayona, réalisateur de The Impossible, relève la gageure de ne jamais tomber dans le piège lacrymal que le sujet de son film lui tendait pourtant à grands bras ouverts. Ou comment une famille en vacances en Thaïlande, dispersée par le tsunami de 2004 dont elle vient d'être victime, tente de se retrouver au milieu de paysages apocalyptiques, de cadavres et dans un climat de mort et de désolation absolues.

The Impossible débutait pourtant mal: un carton informe le spectateur que le film est inspiré d'une histoire vraie, les lettres s'effaçant progressivement, ne laissant persister sur l'écran que les mots "histoire vraie". Quel est l'intérêt d'un tel procédé ? Donner un surplus d'authenticité à l'oeuvre ? Le cinéma étant affaire de fiction, la réponse est non. Prouver que de telles histoires existent dans la réalité ? On s'en doute. Le cinéma s'inspirant toujours de la réalité, un tel procédé est d'une vacuité totale. Pourtant, le film de Bayona parviendra rapidement à faire oublier ce mauvais départ.

En effet, rarement long-métrage aura su décrire avec une telle force le rapport des êtres à la mort, les plaçant face à l'inéluctable en l'espace de cinq secondes (on pense à ce titre au Titanic de Cameron). Ainsi, la double séquence du tsunami, terriblement impressionnante, replace l'être humain à sa minuscule place dans l'univers: une fourmi en proie à l'infiniment grand. En un instant, la mort recouvre un paradis sur terre, emportant hommes, femmes et enfants avec une violence véritablement effrayante. Les corps désarticulés sont expédiés d'un bord à l'autre du cadre, noyés, disloqués, ensanglantés.

Parmi eux, un couple (Naomi Watts et Ewan McGregor) et leurs trois enfants, emportés par la vague, tenteront de se retrouver, les uns et les autres ignorant qui est vivant et qui est mort. Autour d'eux, d'autres rescapés les imiteront, chacun cherchant désespérément à retrouver les proches qu'ils ont perdus.

A cet égard, l'une des séquences du film, située en fin de métrage et mettant en scène les retrouvailles de trois enfants, remue les tripes en l'espace de quelques secondes et fera couler les larmes des spectateurs les plus endurcis, le réalisateur de L'Orphelinat parvenant en deux plans à exprimer que la seule chose qui vaille fondamentalement le coup dans ce monde, c'est bel et bien l'amour qui unit les êtres.

De la première à la dernière image, The Impossible colle au plus près de ses personnages, la caméra cadrant souvent de très près les visages et les corps, et développe un propos sur l'entraide, la solidarité et la fraternité qui tranche avec l'égoïsme et l'individualisme latents de nos sociétés modernes. Une manière de dire que face à ce qui nous attend tous, l'être humain retournera inévitablement vers ce qu'il y a de meilleur en lui. Un film optimiste sur le drame le plus marquant de ce début de siècle ? C'est bel et bien la prouesse de The Impossible.

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