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Cogan : La mort en douce

 
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Difficile de ne pas approcher Killing Them Softly, le nouveau long métrage d’Andrew Dominik, et Lawless de John Hillcoat : présentés, les deux, en compétition à Cannes cette année, ce sont des films de genre typiquement américains signés par des réalisateurs australiens, et avec des distributions formidables. Mais les ressemblances s’arrêtent là : alors que Lawless est plutôt un Western déguisé en film de gangsters vintage (années 20 et 30), Killing Them Softly, adapté d’un roman paru en 1974 et épuisé pendant des années, est une critique explicite des Etats-Unis d’aujourd’hui, comme le témoignent les voix off de George W. Bush et Barack Obama.

Au lieu de Boston, où se déroule l’histoire dans le roman, Dominik a décidé de situer l’action en Louisiane, ce qui lui permet de réfléchir sur le déclin social et économique des USA. C’est ici que deux jeunes voleurs, Frankie (Scoot McNairy) et Russell (Ben Mendelsohn), se font engager pour un braquage assez spécial : les cibles sont ceux qui participent à une partie illégale de poker organisée par Markie Trattman (Ray Liotta), et c’est ce dernier qui portera le chapeau puisqu’il avait monté un coup pareil dans le passé. Tout se passe comme prévu, sauf que Trattman professe son innocence et Driver (Richard Jenkins), porte-parole des différentes organisations criminelles locales, se voit forcé à embaucher un nommé Cogan (Brad Pitt) pour découvrir la vérité.

Il y aurait, en théorie, de quoi faire une belle déconstruction/méditation  sur le genre, comme dans la précédente collaboration de Dominik et Pitt, le sublime L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford. La différence cruciale est la durée des deux films : les 160 minutes de Jesse James ayant diminué son potentiel en termes de recettes, les distributeurs américains de Killing Them Softly, les frères Weinstein, auraient insisté que le nouveau film de Dominik ne dure qu’une heure et demie, hormis le générique de fin. Or, sachant qu’il existe au moins une heure de matériel supprimé au montage, d’après le témoignage d’un acteur, il est plus facile de comprendre pourquoi le produit sorti en salle a l’air si déconnecté, comme s’il s’agissait d’une partie d’un projet beaucoup plus large. C’est pour ça aussi que Sam Shepard, montré avec un certain orgueil dans la bande-annonce, n’apparait que dans une scène, et que l’on peut remettre en question le statut de Brad Pitt comme vedette du film, en raison de sa présence fragmentaire.

Bref, pour vraiment savourer le talent du cinéaste australien, il faut espérer que les scènes coupées seront réintégrées dans le DVD/Blu-ray. En attendant, Killing Them Softly reste un produit discret et regardable pour son sens de l’humour, son utilisation de la violence et son message de fond (« L’Amérique n’est pas un pays, c’est un business », dit Cogan dans la scène-clé). Et pour les fans du genre, il y aussi le plaisir (coupable) de voir Henry Hill et Tony Soprano dans le même film…

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