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Le Capital

 
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Costa-Gavras et Gad Elmaleh. Voilà donc deux noms qu’on ne penserait pas voir ensemble. C’est pourtant ce mélange inattendu qui est à la base de nouveau long-métrage du cinéaste gréco-français, Le Capital, sélectionné à la fois pour clore le Festival Tous Ecrans de Genève et pour inaugurer le Ciné Festival de Prilly avant sa sortie en salle, après avoir débuté au festival de Toronto. Un contexte de programmation assez prestigieux pour ce qui semble être le projet le plus ambitieux, depuis une dizaine d’années au moins, de Costa-Gavras, qui s’est appuyé sur le roman éponyme de Stéphane Osmont, édité en 2004.

Et que vient faire Gad Elmaleh dans tout ça ? Il incarne Marc Tourneuil, un jeune homme plein d’ambition et dépourvu de scrupules, qui se retrouve à la tête de la plus grande banque française à un moment crucial. Se plongeant au plein milieu d’un monde capitaliste où tous sont prêts à dépasser toute limite, morale ou légale, par amour du fric, il devra faire des choix difficiles pour sa survie personnelle et professionnelle.

Tout en restant très européen dans sa conception et son exécution, Le Capital ressemble des fois, et presque sûrement pas de manière accidentelle, à ce qu’Oliver Stone a fait, il y a deux ans, avec Wall Street : L’argent ne dort jamais, à savoir un produit de dénonciation qui ne renonce pas pour autant à l’aspect divertissant pour conquérir un public plus large. C’est aussi dans cette logique, du moins en partie, que s’inscrit la présence d’Elmaleh, héritier spirituel de Jack Lemmon dans la mesure où, en travaillant avec Costa-Gavras, il atteint des niveaux dramatiques qu’on n’associe pas à l’image qu’on a de lui. Mais il est également vrai que, trente ans après Missing, le cinéaste, comme son confrère américain Stone, semblerait avoir perdu une partie de sa rigueur analytique et dénonciatrice : si d’un côté, en effet, son discours sur l’âme noire du capitalisme est cohérent et sans indulgences, il s’avère aussi que le côté engagé cède un peu trop souvent la place au divertissement. D’ailleurs, c’est difficile de critiquer objectivement un système économique de ce genre lorsqu’on tourne un film qui lui-même n’est pas vraiment cheap

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