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A Royal Affair

 
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En attendant la sortie de La chasse de Thomas Vinterberg et de Love Is All You Need de Susanne Bier, les amateurs du cinéma danois n’ont qu’à se régaler avec ce film élégant et somptueux, doublement primé à la dernière Berlinale, pour le scénario et pour l’interprétation masculine, et sélectionné pour représenter le pays aux prochains Oscars. C’est le quatrième long-métrage, et le premier à sortir en Suisse, de Nikolaj Arcel, un nom que les cinéphiles reconnaîtront peut-être en lien avec une production très différente de celle-ci : Arcel est, en fait, un des deux scénaristes de l’adaptation suédoise deMillénium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes de Stieg Larsson.

On change d’époque et de contexte socio-politique, mais il est toujours question d’un personnage féminin qui s’oppose à un système oppresseur. En l’occurrence, il s’agit de Caroline Mathilde (Alicia Vikander), membre de la famille royale britannique, qui en 1766, à l’âge de quinze ans, devient l’épouse du roi danois, Christian VII (Mikkel Boe Følsgaard, primé à Berlin). Le souverain étant fou, malpoli et adultère, la jeune reine finit par trouver du confort, et l’amour, dans les bras de Johann Friedrich Struensee (Mads Mikkelsen), le médecin de cour que certains membres du conseil royal, y compris la mère du roi (Trine Dyrholm), voudraient éloigner, voire éliminer, en raison de ses origines allemandes et son appréciation des idées illuministes.

Alors que la mise en scène n’est pas particulièrement inventive et adhère assez strictement à un modèle que l’on pourrait qualifier d’anglo-américain, Arcel se livre à une prestation excellente dans l’écriture : tout en gardant la formule « sexe et pouvoir » à laquelle on est habitués par rapport au genre, le scénario s’écarte rapidement de cette convention pour tenir un discours plus raisonné et stimulant, pour ne pas dire actuel, sur le débat entre science et religion. Lors de la projection berlinoise, le plus grand applaudissement était en fait dû à une réplique-clé de Struensee : « Qui est le vrai fou ? Le roi, ou quelqu’un qui croit que la Terre a été créée en six jours ? ». Implacable dans son approche à la fois intelligente et divertissante à ce sujet pas facile, A Royal Affairvante également une distribution impressionnante, rien que pour le trio central. Ce n’est quand même pas tous les jours qu’un jeune acteur remporte un prix dans un festival prestigieux alors qu’il n’a pas encore terminé sa formation. Une raison de plus pour dire : « Bravo ! »

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