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Skyfall

 
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Est-ce qu’il reste quelque chose de l’ancien 007 ? C’est une question que le vingt-troisième épisode des aventures de James Bond pose explicitement, face aux avis pas entièrement positifs des fans concernant le récent renouveau de la série avec Casino Royale, pourtant très fidèle à l’esprit des romans de Fleming, et Quantum of Solace : des bons films d’action, certes, mais trop « modernes » et dépourvus de certains éléments typiquement associés à l’espion britannique. C’est donc ce défi, de trouver un équilibre entre classicisme et modernité, que relève Skyfall, film historiquement important puisqu’il marque aussi le cinquantième anniversaire de Bond au cinéma, dont on avait déjà eu un aperçu avec le sketch interprété par Daniel Craig et la Reine d’Angleterre lors de l’ouverture des jeux olympiques il y a quelques mois. Sans vouloir manquer de respect aux Avengers, à Batman ou même à Bilbo le hobbit qui attend encore de sortir, il faut dire que 2012 est l’année de Bond.

Pourtant, 007 n’est pas vraiment dans les meilleures conditions physiques : présumé mort après une mission échouée en Turquie et absent pendant trois mois, Bond revient lorsque les services secrets anglais eux-mêmes deviennent la cible d’une attaque terroriste. En fait, cet ennemi mystérieux serait quelqu’un qui connaît même trop profondément ce monde et qui en veut à M (Judi Dench), dont la vulnérabilité se voit accentuée par la menace d’une retraite imposée par le gouvernement. Déterminée à éliminer ce nouvel adversaire, M doit faire confiance à Bond, alors que d’autres collègues (Naomie Harris) ou supérieurs (Ralph Fiennes) se posent la question : est-il vraiment à la hauteur de cette mission ?

La dernière fois que le charmant espion avait fêté son anniversaire à l’écran, c’était en 2002 avec Meurs un autre jour, le dernier volet de l’ère Pierce Brosnan. Une grande déception, puisque le scénario semblait avoir été mis en place uniquement pour insérer tous les petits hommages et clins d’œil au passé de la série, qui était alors quadragénaire. Dix ans plus tard, pas question de refaire la même erreur : le second degré est bel et bien présent, mais il reste secondaire par rapport à une histoire humaine et passionnante qui thématise avec intelligence le contraste entre tradition et nouveauté, qu’il s’agisse des ennemis, désormais cyber terroristes, ou du protagoniste lui-même, qui se voit aidé par un nouveau Q (Ben Whishaw), plus jeune et moins grincheux. Et que dire du terrifiant Silva (Javier Bardem), aussi proche des villains classiques que bien des cauchemars cinématographiques plus récents tels Hannibal Lecter ou le Joker de Christopher Nolan ?

Skyfall est un triomphe total, du début qui coupe le souffle, à l’épilogue qui, sans trop en révéler, est à la fois une clôture et une renaissance. Avec le grand Sam Mendes, choix inattendu mais génial, derrière la caméra, 007 retrouve l’énergie et l’humour de sa jeunesse, tout en gardant un côté plus sombre correspondant à l’époque actuelle, pour 143 minutes d’adrénaline, rires et émotions. Bon anniversaire, Mr. Bond !

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