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Astérix et Obélix: Au service de sa Majesté

 
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« Les aventures d’Astérix. N’importe quoi. » Cette réplique réflexive de Jules César (Fabrice Luchini) pourrait bien décrire le destin du célèbre guerrier gaulois à l’écran, du moins pour ce qui concerne les adaptations en prises de vue réelles. Récapitulons : la première tentative, Astérix et Obélix contre César (Claude Zidi, 1999), était, en dépit de quelques gags réussis et la présence de Gérard Depardieu dans le rôle d’Obélix et de Roberto Benigni dans celui de Lucius Detritus, un mélange incohérent, alors que l’adaptation la plus récente, Astérix aux jeux olympiques (Frédéric Forestier et Thomas Langmann, 2008), s’égarait dans son approche trop (post)moderne. Seul Alain Chabat avec son Mission Cléopatre (2002) avait su bien capturer et transmettre d’un médium à l’autre l’esprit anarchique des albums de Goscinny et Uderzo, même si ce dernier n’a pas apprécié le résultat. Voilà donc, en raison du succès commercial de la franchise, un quatrième volet que, si on veut être honnêtes, nous n’avions pas hâte de découvrir. Mais par Toutatis, quelle surprise : bien que loin de la réussite presque totale de Chabat, le nouveau réalisateur Laurent Tirard, qui avait déjà, avec Le petit Nicolas, adapté une autre œuvre de Goscinny, s’en sort plutôt bien.

Mais attention au titre trompeur : la nouvelle aventure d’Astérix (Edouard Baer) et Obélix (Depardieu) n’est pas une parodie de James Bond. Il s’agit, en effet, d’une adaptation mixte de deux albums parmi les plus réussis, à savoir Astérix chez les Bretons et Astérix et les Normands. L’intrigue principale voit nos héros sollicités à aider la Reine de la Bretagne/Angleterre (Catherine Deneuve), qui résiste aux envahisseurs dans un petit village. Armés d’un tonneau de potion magique, les deux amis, accompagnés d’un jeune fainéant nommé Goudurix (Vincent Lacoste), se rendent en Bretagne avec Jolitorax (Guillaume Gallienne). Hélas, César est au courant de leur mission et essaye d’engager des mercenaires sans peur pour aboutir en beauté sa nouvelle conquête. Et c’est comme ça que les Normands font leur entrée dans l’histoire…

Tout en restant assez fidèle au récit original, le film prend assez de libertés pour moderniser les nombreux gags sur les stéréotypes anglais, en ajoutant des personnages féminins absents dans la bande dessinée, ainsi que pour donner un rôle plus central à César, magnifiquement joué par Luchini en version mégalomane et dépressive. En revanche, on sent que les Normands, bien qu’ils soient l’inspiration pour un sublime hommage à Kubrick, ont été ajoutés juste pour allonger le film, et l’abondance de personnages secondaires fait qu’Astérix lui-même risque de devenir un figurant dans sa propre aventure. Cela dit, Baer est le meilleur acteur à avoir incarné jusqu’à présent le petit guerrier, et ses interactions avec Depardieu sont tout simplement jouissives, même si les puristes auront quelque chose à dire sur le côté « dragueur » du protagoniste, aussi bien que l’insinuation sur la relation entre « deux types qui vivent ensemble avec un petit chien ».

En gros, un divertissement étonnamment sympathique, dont le côté spectaculaire est augmenté par l’utilisation du relief. Un compagnon avec qui passer une joyeuse bonne journée, et toute sorte de choses…

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