Critique

Killer Joe

 
Critique par |

Véritable surprise de la 68e Mostra de Venise, où il a été présenté en compétition sans remporter aucun prix majeur, Killer Joe arrive enfin sur nos écrans, après une sortie controversée, pour des raisons de censure aux Etats-Unis. A cause d’une scène particulièrement choquante, le film a été classé NC-17, ce qui correspond à l’interdiction aux moins de 18 ans. Rien de nouveau, on pourrait dire, puisqu’il s’agit de la nouvelle créature de William Friedkin, déjà réalisateur d’un des films « choc » par excellence du cinéma américain, L’exorciste.

Comme pour son long métrage précédent, l’excellent et inédit en Suisse Bug, Friedkin s’appuie sur une pièce de théâtre de Tracy Letts, qui signe aussi le scénario. En fait, Killer Joe est le tout premier texte dramatique de Letts, une comédie noire qui, comme L’exorciste, détourne l’image traditionnelle de la famille américaine. Nous sommes au Texas. Chris Smith (Emile Hirsch), qui vit dans la pauvreté, se retrouve endetté avec des criminels et doit trouver rapidement le moyen de s’en sortir. La solution, concoctée avec son père (Thomas Haden Church) : faire tuer sa mère et profiter de l’assurance. Pour cela, ils engagent Joe Cooper (Matthew McConaughey), un flic qui travaille aussi comme tueur à gages à côté. Le seul problème, puisqu’il n’est pas possible de payer Joe immédiatement, est que ce dernier prend en otage Dottie (Juno Temple), la sœur de Chris, comme garantie de défraiement.

Sombre et en même temps hilarant, Killer Joe n’hésite pas à montrer la laideur d’une certaine partie de la société américaine, sans toutefois plonger dans les stéréotypes liés au Texas: les Smith, quoique pas toujours agréables, ne sont pas des rednecks. A l’âge de 72 ans, comme il l'a dit à Venise, Friedkin relit le conte de Cendrillon pour en tirer un portrait extrême de l’amour et de la violence, incarnés notamment par un McConaughey en pleine forme qui continue son évolution d’acteur après La défense Lincoln et Magic Mike, et joue ici un des tueurs les plus charmants des dernières années, ainsi que par Juno Temple, image de la pureté au centre d’un récit sordide, dont seulement la fin dénote son origine théâtrale.

Presque quarante ans après L’exorciste, le foyer familial n’est toujours pas un lieu sûr. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que Friedkin devrait faire des pauses moins longues entre ses films. Plus que jamais, on a besoin de lui.

En savoir plus sur Max Borg

CONCOURS Gagnez un pack de goodies pour "Goldfinch"

Participer