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Elle s'appelle RUBY

 
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Crise du deuxième long métrage ? C’est bien la question – plutôt ironique – qu’on a posé, au Sundance aussi bien qu’à Locarno, où Ruby Sparks a été projeté sur l’écran géant de la Piazza Grande, aux réalisateurs Jonathan Dayton et Valerie Faris, de retour au cinéma après le triomphe, il y a six ans, de Little Miss Sunshine. Question tout à fait légitime, puisque leur deuxième film, plus ambitieux et complexe que le précédent, pourrait être vu comme une autoréflexion sur le thème de la crise artistique et de l’impossibilité de satisfaire les attentes du public après un premier succès tellement bouleversant.

Or, dans le film lui-même il n’est pas vraiment question du cinéma : le personnage principal, Calvin Weir-Fields (Paul Dano), est un jeune prodige littéraire qui, ayant connu la gloire avec son premier roman, n’arrive pas à aboutir son prochain ouvrage, malgré les conseils de son psychiatre (Elliott Gould) et de son frère (Chris Messina). Tout d’un coup, il retrouve l’inspiration lorsqu’il imagine un personnage féminin qui serait, en effet, la femme de ses rêves. Mais quand il s’aperçoit que Ruby Sparks (Zoe Kazan), sa création, vit dans son appartement et prétend être sa copine, il commence à s’interroger sur les frontières entre la réalité et la fiction, surtout quand il se rend compte que Ruby peut devenir ou faire tout ce qu’il écrit…

Œuvre drôle et charmante, Ruby Sparks séduit par ses stratagèmes réflexifs, son humour intelligent et la chimie relationnelle entre les deux protagonistes, qui relève de la vraie vie puisque Dano et Kazan sont effectivement en couple depuis cinq ans. De plus, la jeune femme, dont le grand-père est un géant du Septième Art tel que feu Elia Kazan, a écrit le scénario en s’inspirant, en partie, de leur relation. Si le résultat est légèrement moins satisfaisant que dans Little Miss Sunshine, c’est probablement en raison d’un certain manque d’expérience, de la part des réalisateurs et de la scénariste, pour pouvoir traiter de façon inédite un sujet que d’autres écrivains – notamment Charlie Kaufman – ont déjà évoqué avec beaucoup plus de créativité. Cela dit, la distribution, qui inclut aussi Annette Bening et Antonio Banderas, est impeccable, et les tournures les plus prévisibles de l’intrigue sont compensées par une atmosphère étonnamment sombre qui montre une volonté d’aller au-delà de la structure générale de la comédie romantique. C’est pour ça que, ayant vu cette « crise » à l’écran, nous nous réjouissons de découvrir, dans un futur proche, les nouvelles étapes du parcours artistique des deux couples derrière et devant la caméra.

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