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Vous n'avez encore rien vu

 
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C’est un titre intrigant et provocateur qu’Alain Resnais a choisi pour son nouveau film, qui sort dans les salles après avoir été accueilli de façon assez inégale au dernier Festival de Cannes. D’un côté, Vous n’avez encore rien vu suggère que ce n’est pas une adaptation « classique » des deux pièces de théâtre de Jean Anouilh, Eurydice et Cher Antoine, qui ont inspiré le scénario ; de l’autre, c’est une sorte de promesse/menace (ça dépend du spectateur) de la part du cinéaste, qui à l’âge de 90 ans et ayant réalisé plus de quarante films, n’a pas encore fini de nous surprendre.

Dans le contexte du film, Eurydice est le trait commun entre Antoine D’Anthac (Denis Podalydès), célèbre auteur dramatique qui vient de mourir, et un groupe d’acteurs (entre autres, Sabine Azéma, Mathieu Amalric, Pierre Arditi, Lambert Wilson et Michel Piccoli) qui se retrouvent dans sa demeure pour la lecture du testament. Leur tâche s’avère être le visionnement d’une représentation de la pièce par une jeune troupe. Pendant que les images sont projetées sur un grand écran, les invités commencent, peu à peu, à rentrer dans la peau des personnages qu’ils avaient joué il y a longtemps…

Le théâtre, le cinéma, l’amitié, la mort. Ce sont les quatre thèmes que Resnais traite avec son regard toujours lucide, mettant en scène une réflexion qui est aussi un retour sur toute sa filmographie, comme le prouve déjà le choix des comédiens (qui jouent tous leur propre rôle), dont certains sont des collaborateurs réguliers de Resnais, tandis que d’autres n’avaient pas travaillé avec lui depuis des années, voire des décennies. Ce qui se manifeste devant nos yeux est un spectacle drôle et fascinant, du théâtre filmé qui en même temps ne l’est pas, un exercice de style avec une profondeur inattendue, surtout après la déception partielle du précédent long métrage du cinéaste, Les herbes folles. Le but de Vous n’avez encore rien vu était, comme l’annonce le titre, de surprendre et de faire découvrir quelque chose de nouveau. Certes, il n’y a rien de particulièrement inédit dans ce que nous voyons et, pour certains, ce film aura l’air d’un simple testament artistique, mais c’est un véritable plaisir de voir que, dans la vie aussi bien que derrière la caméra, Resnais est encore loin de mourir.

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