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The Secret

 
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De souffrance en souffrance. Lors d’une scène de The secret, le personnage incarné par Jessica Biel parle d’un cycle, celui de la douleur et de la souffrance, qui revient génération après génération, incapables que sont les sociétés et les civilisations à endiguer ce fléau et à renverser la vapeur. Une sorte de serpent de mer qui reviendrait éternellement ternir l’existence humaine. Le nouveau film de Pascal Laugier tournera autour de cette idée : existe-t-il une alternative à la souffrance ?

Cold Rock. Une bourgade minière nord-américaine dans laquelle la tristesse et la désolation ont pris le dessus depuis la fermeture de la mine. Une atmosphère de tristesse palpable plane sur la ville, plongeant ses habitants dans une léthargie de laquelle ils sont incapables de s’extirper. C’est dans ce climat de mélancolie (propre à toute société occidentale moderne), que des enfants disparaissent régulièrement, enlevés par un personnage prénommé The tall man, être dont personne n’a jamais vu le visage mais dont les méfaits plongent la communauté dans une tristesse insondable.

Avec The secret, le réalisateur de l’inoubliable et traumatisant Martyrs nous décoche un nouveau coup au cœur en saisissant mieux que personne l’époque dans laquelle nous vivons. Un monde oppressant, égoïste, implacablement individualiste, où dès l’instant de notre naissance, nous nous retrouvons happé par un engrenage duquel il sera impossible de se sortir.

Sans spoiler le film, ce dernier opèrera un virage à 180° en milieu de bobine, apportant petit à petit son éclaircissement sur les méfaits du tall man et les raisons de ses actes. Des actes aux justifications profondément sociales, qui interrogent, secouent, et placent le spectateur face à sa propre condition.

Formellement, Laugier opte pour un scope de toute beauté, filmant les paysages avec un lyrisme et une mélancolie bouleversants (on pense immanquablement à l’atmosphère de Twin Peaks), et travaillant ses cadres avec une justesse inouïe (voir le plan final pour s’en convaincre).

Film à l’idéologie douteuse pour certains, The secret est au contraire une oeuvre au propos clair comme de l’eau de roche : les trois derniers mots du film (le même mot répété trois fois) scellent le propos du réalisateur et le dédouanent instantanément de tout soupçon. Un simple mot, en forme d’interrogation, et le film prend tout son sens.

Des metteurs en scène français oeuvrant dans le cinéma de genre, Pascal Laugier est sans doute, avec Gaspar Noé, le plus doué. D’une honnêteté et d’une sincérité sans faille, toujours droit dans ses bottes, loin de tout cynisme et au contraire prêt à balancer son âme dans ses longs-métrages, Laugier mérite le plus grand des respects. Car œuvrer dans le cinéma de genre est une chose. Mais parvenir à toucher le cœur et l’âme du spectateur, à l’émouvoir aux larmes en l’espace d’une seconde, à l’interroger sur lui-même et sur le monde dans lequel il vit, en est une autre.

Au sortir du film, et à la question que nous pose face caméra la petite fille sur l’écran, chacun d’entre nous aura sa réponse. Celle de Pascal Laugier est claire : l’amour est la seule issue…

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