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Wrong

 
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Le prénom de Quentin ne définit pas que Tarantino dans le petit monde du Septième Art, il faut aussi compter sur Monsieur Dupieux. Là où le cinéma du réalisateur de Jackie Brown sombre de plus en plus dans le référentiel outrancier, celui de Dupieux se révèle être hautement créatif.

Connu dans le milieu de la musique électro sous le pseudonyme de Mister Oizo, Quentin Dupieux aborde la réalisation de films avec un moyen métrage intitulé Nonfilm qui rate le coche en se perdant un peu dans un intellectualisme trop poussé. Il y a déjà une réflexion sur l'influence du cinéma, mais la réalisation laisse à désirer et ne parvient pas encore à s'imposer. Ensuite, il réalise Steack avec le duo comique Eric et Ramzy, un ovni qui reprend tous les clichés du film américain pour adolescents afin de les dynamiter dans un délire surréaliste, mêlant avec bonheur les époques et les styles. Puis vient le tour de l'incroyable et inclassable Rubber, réflexion pertinente sur le cinéma de genre et ses fanatiques exacerbés qui en prennent pour leur grade.

Avec Wrong, il signe une oeuvre drôle et surréaliste pour peu que l'on soit enclin à la recevoir comme telle. Autant dire, que l'on n'est pas face à un film pour draguer le samedi soir, ni à un produit formaté, ce qui a malheureusement de plus en plus tendance à être la norme dans ce que l'on appelle l'industrie du cinéma. Et ce n'est pas non plus de l'esbroufe visuelle sans fond intéressant comme on nous le sert aussi de plus en plus souvent. Dupieux fait du cinéma créatif qui implique grandement son spectateur avec beaucoup de rigueur, car il ne quitte jamais son postulat de base: un homme a perdu son chien, mais très vite le kidnappeur en personne lui promet qu'il le retrouvera, sans toutefois lui préciser quand. On a droit à une galerie de personnages parfaitement écrits qui n'ont pas grand chose en commun si ce n'est cette situation particulière et l'auteur joue à merveille sur ce télescopage. Puis il y a cet univers unique qui oscille en permanence entre l'hyper réalisme et l'absurde comme l'illustre le fameux bureau dans lequel le héros ne travaille plus.

Encore un mot sur la prestation d'Eric Judor qui réalise une excellente performance dans le rôle d'un jardinier français au fort accent. Il prouve là qu'il peut faire autre chose que du Eric & Ramzy en assumant un personnage, certes loufoque, d'une profondeur intense. Ce film fait énormément de bien après la déferlante des grosses machines estivales et c'est du cinéma avec un grand c qui ose puiser dans toutes les possibilités que cet art peut offrir actuellement: Dupieux est un chercheur et non un faiseur.

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