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Millénium: les hommes qui n'aimaient pas les femmes

 
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CONTRE

Millénium version américaine, c'est le produit type du remake uniquement fait pour le public américain qui, d'après les pontes du marketing de ce milieu, ne va pas voir des films étrangers sous-titrés. On préfère donc là-bas refaire un film plutôt que de diffuser l'original sous-titré ou doublé. Et c'est bien de cela qu'il s'agit: David Fincher refait l'œuvre suédoise comme s'il utilisait l'original en guise de recette. C'est troublant, dans le mauvais sens du terme, de voir le nombre de scènes copiées du premier. On est face à une photocopie et on en arrive même  à se demander si le film suédois n'était pas utilisé sur le plateau pour fignoler les cadres, les positions des comédiens, les lumières, etc. On attendait du réalisateur de Seven, une interprétation et non ce très vulgaire exercice de faiseur que n'importe quel tâcheron traînant dans les couloirs d'Hollywood aurait pu pondre.

Mais qu'est-il en train d'arriver à David Fincher, le réalisateur inspiré et à l'univers si particulier de Fight Club et Alien 3? Depuis trois films, il met son talent au service d'intrigues mineures. Avec L'Etrange Histoire de Benjamin Button, il a perdu son temps à adapter l'une des histoires les plus tartes qu'il soit, un prêchi-prêcha insupportablement tire larmes qui ne tient pas la route une seule seconde. Son film était long et ennuyeux, esthétisant et larmoyant. Le cas de Social Network surfe sur une nouvelle mode où l'on se croit intéressant à raconter la vie des nouveaux héros. Là encore, le résultat n'est pas à la hauteur et donne un long métrage qui se laisse regarder mais ne contient rien d'exceptionnel et devient vite ennuyeux lui aussi.

Avec Millénium, il sombre à pieds joints dans un classicisme déconcertant, usant du bleu et du mauvais temps pour les scènes présentes, et du jaune et du soleil pour les flashes back. Il reprend même l'un des plus gros défauts du film suédois, l'illisibilité de l'intrigue dans une construction en puzzle auquel il manque visiblement plusieurs pièces. Ne parlons pas ici en des termes savants d'une quelconque subtilité d'écriture car ce serait faire un travail totalement inutile. Il se vautre aussi dans la même gratuité complaisante en ce qui concerne la violence, surtout celle qui accompagne Lisbeth, mais cela on peut aussi l'imputer au roman de Stieg Larsson. C'est là que l'on comprend comment cette trilogie est devenue un phénomène de librairie. Cette histoire mélange, dans un ordre pour le moins aléatoire, tout ce qui titille plus ou moins malsainement le grand public, comme la violence sexuelle. Mais finalement, une certaine morale, soutenue par une idée claire de vengeance, vient sauver le tout, ce qui permet à certains de faire partie sans remords du groupe des supporters de l'œuvre.

Le travail de Fincher est donc ici des plus paresseux, sans aucune personnalité, il se contente de nous livrer un film froid sans envergure, passablement plat, et il réussit même à ne pas profiter à sa juste valeur de l'excellent travail de Trent Reznor et Atticus Ross, tellement il utilise leur musique au lieu de s'en inspirer, et souvent, de façon malheureusement maladroite. Espérons que ce cinéaste, que l'on apprécie énormément et qui semble perdu depuis son magnifique Zodiac, renaisse avec son projet sur 20'000 lieues sous les mers, malgré qu'il s'agisse encore une fois d'un remake.

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