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Shame

 
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Hunger, premier long métrage de Steve McQueen, racontait l’histoire vraie de Bobby Sands, un membre de l’IRA qui a décidé en 1981 d’effectuer une grève de la faim en prison, afin d’obtenir un statut à part pour les prisonniers politiques en Irlande du Nord. Michael Fassbender était déjà de la partie et surtout, le film était déjà une belle claque. Avec son second essai, Shame, McQueen passe encore au cran supérieur. Il faudra compter sur lui à l’avenir.

Car Shame, bien que servi par un exceptionnel Fassbender, est bien plus que la démonstration du talent d’un acteur. Tout d’abord, comme Another Year de Mike Leigh et The Social Network de David Fincher, pour ne citer que deux exemples récents, l’œuvre traite aussi avec force d’un des maux de notre civilisation occidentale moderne – la solitude. Brandon vit dans l’une des plus grandes villes du monde, New York. Il est beau, intelligent, pourtant, comme beaucoup d’autres, il est seul. Pire, lorsque sa sœur, elle aussi profondément seule et qui représente son unique « proche », vient à sa rencontre, il la repousse, la considérant comme un poids.

Oui, Brandon est malade, victime d’une addiction au sexe. Cependant, il semble surtout représenter la maladie (dans une forme extrême, admettons-le) de toute une nouvelle génération formée par notre société. Une génération ayant perdu les valeurs de la famille, de l’amour, de l’amitié et ne pensant qu’au plaisir instantané, au sexe. Ces éléments apparaissent par exemple lorsque Brandon se retrouve au restaurant avec une éventuelle nouvelle conquête – « à quoi bon le mariage ? » s’interroge-t-il, prouvant sa peur de l’engagement – ou lors du dernier dialogue avec sa sœur – « tu essaies de me piéger ». Au fond, Brandon ressemble donc à bien plus de monde qu’il n’y paraît. McQueen, également scénariste aux côtés d’Abi Morgan, ne se présente pas en moralisateur. Il laisse plutôt des portes ouvertes : à qui la véritable « honte » du titre?

Shame est donc un film sur la solitude et sur notre rapport au sexe (lui qui est désormais visible partout, dès le plus jeune âge, à travers la publicité et autre), bien plus que l’étude d’une pathologie ou d’un comportement « honteux » que le spectateur pourrait aisément condamner. Mais Shame est surtout un film bouleversant sur deux personnages perdus – Carey Mulligan est elle aussi parfaite – cherchant simplement à être heureux, à leur manière. Ajoutez à cela une magnifique mise-en-scène, sans fioriture mais d’une maîtrise absolue, ainsi qu’une composition musicale envoûtante, et vous obtenez l'un des premiers grands chocs cinématographiques de l’année.

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