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The Hunger Games

 
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CONTRE

Il est toujours compliqué de donner son avis sur le tiers d'une œuvre, mais comme Hollywood se repaît à adapter des sagas littéraires depuis quelques décennies, l'exercice devient obligatoire. Donc après les élucubrations de l'auteur mormone de Twilight qui se servait de l'écriture pour attirer les jeunes dans la doctrine sectaire de sa communauté, nous voilà confrontés aux délires de Suzanne Collins, scénariste de la firme Nickelodeon qui n'a jamais brillé par sa subtilité afin d'attirer les plus jeunes dans les mailles de ses filets purement commerciaux. On nous annonce la chose comme une charge contre la téléréalité. On veut bien laisser planer le doute jusqu'à la sortie du troisième volet de cette trilogie, mais cette dernière commence très mal dans sa version cinématographique.

Le fond pose un sérieux problème: peut-on être pertinent en utilisant les mêmes armes que ce que l'on veut combattre? La réponse est clairement non, on se fourvoie. Ces jeux de la faim jouent sans aucune finesse sur les clichés du genre et deviennent très vite difficiles à digérer. L'histoire d'amour naissante entre deux candidats de ces joutes devrait permettre à la saga de tendre vers une révolte, mais pour l'instant on nage en plein manichéisme: les méchants sont très très méchants et les gentils très très gentils, pas de milieux, deux extrêmes qui s'affrontent sans véritable enjeu dramatique. Cette façon de faire est ringarde au possible et n'a plus aucune raison d'être à l'heure actuelle.

Et la forme n'est pas mieux servie. Il faut s'accrocher pour ne pas vomir, tant Gary Ross abuse d'une caméra épileptique tellement anarchique que l'on se demande sérieusement si l'opérateur n'est pas dans un état d'ivresse très avancé ou carrément aveugle. Et pour couronner le tout, c'est filmé avec de longues focales, ce qui accentue encore plus ce sentiment de mal de mer. Et pourtant, le cinéma regorge d'exemples réussis dans cette manière de mettre en scène l'action. Kubrick le fait avec succès dans la scène du meurtre de la dame aux chats d'Orange mécanique et dans la mémorable bagarre à poings nus de Barry Lyndon. Gary Ross ne l'a pas du tout compris et utilise la facilité en se contentant de filmer n'importe comment pour donner l'impression de chaos: il a tout faux. Pourtant, le récit lui-même aurait dû lui dicter une manière beaucoup plus efficace pour impliquer le spectateur dans cette aventure. Comme ces jeux sont filmés par des centaines de caméras disséminées dans l'arène qui se révèle être une région sylvestre d'une grande densité, et diffusées sur les télévisions du pays, on aurait de loin préféré que le film utilise ces images-là, au lieu de cette caméra insupportable et tellement présente que l'on s'attend à tout moment de voir à l'écran, dans les rares plans larges, le caméraman en état d'ébriété cité plus haut. Cela vous sort directement du produit et empêche toute empathie avec les personnages.

On verra comment cela évolue, mais ce premier volet ne donne guère l'envie de se plonger plus avant dans cette nouvelle saga made in Hollywood.

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