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Paranoïd Park

 
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Continuant son exploration radicale du septième art entamée avec le sublime « Gerry », suivi par sa magistrale Palme d'Or, « Elephant », Gus Van Sant repose sa caméra sur les bancs d'un lycée américain. « Paranoid Park » relate un fait divers tragique comme il s'en déroule quotidiennement : on retrouve le corps coupé en deux d'un employé des chemins de fer. Comme le lieu de la macabre découverte jouxte un skate park, les enquêteurs orientent leurs investigations dans cet univers jeune et impitoyable.

Premièrement il faut être doué pour pénétrer dans l'enceinte de Paranoid Park qui a la réputation d'être impraticable pour les débutants. Alex commence tout juste à s'ébattre sur les installations de ce paradis pour planche à roulettes depuis quelques temps et devient gentiment intégré aux anciens membres de l'endroit. Et comme nous ne somme pas dans un film policier à la trame classique qui cherche l'assassin jusqu'au coup de théâtre final, Gus Van Sant nous montre que c'est Alex le responsable de cette mort accidentelle, mais très violente : un flash back hallucinant devait être la scène la plus gore qui ait été donnée de voir aux festivaliers de Cannes cette année. Du coup le film devient le portrait d'une certaine jeunesse urbaine désabusée qui passe son temps à s'ennuyer et que rien ne réussit à distraire ou à choquer. Il faut voir le regarde vide d'Alex devant sa « victime » mourant de manière atroce.

Côté plastique, Gus Van Sant reprend le style d'« Elephant », caméra à hauteur d'homme et cadre très carré, genre photographie dite standard et travaillant avec les lumières naturelles. L'objet est splendide et s'affranchit malicieusement de deux extrêmes cinématographiques : le spectacle hollywoodien et le documentaire naturaliste trop souvent racoleur. Il met en scène des comédiens non professionnels qui donnent au film sa pureté et réussit par là, contrairement au très complaisant Larry Clark, une peinture cruelle de ce qu'est devenu l'homme urbain. Il se permet même des touches cyniques en utilisant des ralentis à la limite du kitch sur la musique de « Juliette des esprits » de Nino Rota pour des plans en vue subjective d'Alex à chaque fois qu'il rencontre une fille.

On ressort du film ébloui par la justesse du regard que Gus Van Sant pose sur l'humain et son milieu souvent hostile, par la beauté de la photographie de Christopher Doyle et Kathy Li et par l'incroyable présence de Gabe Nevins dans le rôle d'Alex. On félicite encore bien bas le jury du Festival de Cannes qui a remis à « Paranoid Park » son Prix du Soixantième Anniversaire.

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