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De rouille et d'os

 
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Habitué des prix et récompenses en compétition à Cannes, c'est peu dire que le nouvel Audiard était attendu par le public et la critique.

Ce mélo est une histoire d'amour entre deux personnages pas très aimables sur fond de crise et de problèmes sociaux actuels. C'est l'histoire d'un gars, Ali (incarné par Matthias Schoenaerts que l'on a vu dans Bullhead dernièrement), sans job, qui décide de descendre chez sa soeur au sud avec son fils de 5 ans sur les bras. Ali n'a pas le cerveau des grands penseurs, il aime la cogne, la bagarre. Il trouve un travail de videur de boîte et fait la connaissance de Stéphanie (Marion Cottillard). A cela s'ajoute l'accident de Stéphanie qui, suite à un gros problème technique durant une représentation dans un Marineland se retrouve amputée des deux jambes.

Va s'en suivre une série d'événements qui vont petit à petit les rapprocher et faire naître un amour passionnel difficilement pensable entre les deux protagonistes. La belle et la bête version Intouchables ? Oui et non, car Stéphanie n'est pas forcément douce et gentille non plus et Ali, pas forcément rustre tout le temps.

Une histoire, somme toute, simple et courante de nos jours mais le réalisateur arrive à nous captiver grâce à son génie et un casting émouvant de vérité. Une synergie magique entre ces  deux personnages diminués, l'un mentalement, l'autre physiquement, va être tantôt, bouleversant, tantôt comique.

Si on peut ne pas forcément s'identifier à cette histoire, il faut tout de même noter la performance de Marion Cotillard. Son jeu est merveilleux et émouvant et elle a la capacité d'oser s'offrir physiquement à la caméra du réalisateur, ainsi qu'à nos yeux. Pour une actrice de cette acabit qui n'a pas besoin de ça pour se vendre, il fallait oser. Et il faut le dire, Audiard à réussi à rendre sexy en diable une fille cul-de-jatte. Réalisateur qui nous dévoile dans ce film la nudité en général d'une façon simple et sans voyeurisme.

Mathias Schoenaerts n'est pas en reste dans son rôle de mec des banlieues qui n'a pas inventé la poudre. Par moment, on a envie de le baffer et par moment de le prendre dans nos bras pour consoler cet être fragilisé par la société actuelle.

Un dernier applaudissement mérité va à la compagnie d'effets spéciaux Mikros Image qui a effectué un travail phénoménal sur l'actrice pour lui effacer ses jambes et qui lui a notamment fabriqué aussi ses deux prothèses. A aucun moment on imagine le trucage. Le réalisateur réussit à nous captiver et nous émotionner pour des personnages hors du commun, pas très sympas de prime abord et hors circuit. Chaud-froid, sombre et lumineux, aigre-doux ce sont les merveilleux qualificatifs pour ce film dont on ne sort pas intact.

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