Critique

38 témoins

 
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Didier Decoin, dont le roman Est-ce ainsi que les femmes meurent? a inspiré le dernier film de Lucas Belvaux, a lui-même puisé dans un fait divers célèbre qui s’est déroulé à New York dans les années soixante: une jeune femme est alors poignardée en pleine rue sous les fenêtres de 38 témoins, lesquels, de chez eux, ont entendu les cris pendant près d’une demi-heure sans avertir la police. Ce drame avait à l’époque fasciné les médias et le public ; des psychologues et sociologues ont même essayé d’expliquer cette absence de réaction qui paraît incompréhensible en décelant le phénomène psychologique sous-jacent, celui de la diffusion de responsabilité.

Dans cette adaptation, Lucas Belvaux à décidé de transposer l’histoire au Havre. Un décor presque théâtral qui permet au réalisateur de composer avec la tranquillité d’un quartier pétrifié depuis la tragédie et l’activité intense du port havrais où le bruit presque constant des machines résonne dans les rues de la ville endormie. Le réalisateur prend donc le temps de faire monter la tension et une sorte de mal-être ambiant accompagne cette intrigue policière qui reste finalement subordonnée à une histoire centrée sur la désintégration d’un couple. Les longs silences du personnage qu’interprète Yvan Attal, – qui retrouve Lucas Belvaux après Rapt -, sous son masque impassible, en disent beaucoup sur un homme qui étouffe sous le poids de la culpabilité et qui va finalement libérer sa conscience au risque de se mettre à dos son voisinage.

L’intérêt du film réside aussi dans le fait que l’on se glisse dans la peau de ces trente-huit témoins. Il ne s’agit pas plus de tenter d’expliquer le drame que d’impliquer le spectateur dans l ‘affaire et de lui faire se demander comment lui-même aurait réagi. Dans une atmosphère presque angoissante, on découvre peu à peu jusqu’où va la lâcheté humaine, tout comme Louise, qui, de retour de voyage, apprend qu’un meurtre a été commis juste sous sa fenêtre et qui, lentement, va saisir toute son atrocité. Jusqu’au final où l’horreur de la réalité refait brutalement surface dans une reconstitution qui glace le sang.

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